Alexandre Stellio(Martinique) une étoile de la musique antillaise.

Alexandre Stellio(Martinique) une étoile de la musique antillaise.
De 1929 à 1938, Stellio enregistra pas moins de 128 faces de 78 tours dont les quarante premières avaient déjà été rééditées par Frémeaux. Il était né Fructueux Alexandre. C’est dans les bals de Cayenne que le jeune musicien reçoit le surnom de “Stellio”. Revenu à la Martinique en 1919, il se produit avec le violoniste Ernest Léardée au cinéma Gaumont et dans les dancings de Fort-de-France. Il part pour Paris le 27 avril 1929 à la tête d’un orchestre de cinq musiciens. Accueil chaleureux au bal du “Foyer Colonial”, association d’entraide des Antillais, boulevard Auguste Blanqui. L’évènement est relaté dans un article de Paulette Nardal paru dans “La Dépêche Africaine” du 30 mai.
À partir de juillet 1929, l’orchestre Stellio se produit au “Rocher de Cancale”, guinguette du 5 Quai de Bercy face à la gare d’Austerlitz. Les fêtards parisiens sont entichés de la biguine depuis que les artistes de Montparnasse ont découvert le “Bal Nègre” de la rue Blomet créé en 1924 par l’homme d’affaires martiniquais Jean Rezard-Desvouves (1901-1980), pianiste à ses heures. Après sa rupture avec Léardée, Stellio fait l’ouverture de “La Boule Blanche” le 3 octobre 1930 au 33 rue Vavin, en association avec Rezard-Desvouves qui venait de quitter le Blomet, aussitôt remplacé par Léardée. Fin 1930, dans les sous-sols de l’Alcazar au 8 Faubourg Montmartre, Stellio anime à17h00 les apéritifs dansants du “Canari” suivis du bal créole à 23h30.
Le mercredi 6 mai 1931, l’Exposition Coloniale Internationale ouvre ses portes au Bois de Vincennes. Chaque après-midi durant cinq mois, Stellio enchantera les visiteurs du Pavillon de la Guadeloupe agrémenté de son plan d’eau et de son phare. Cette période consacre le succès de Stellio et la vogue de la biguine. Dès le mois de juin 1931, il ouvre son cabaret “Tagada” à Montparnasse. Chaque nuit après l’Exposition, il y fait danser jusqu’à l’aube. À la mi-octobre, un mois avant la fermeture, il se fait remplacer à Vincennes par Sam Castendet pour se consacrer entièrement à son affaire. Un article de Formose Salini dans le bimensuel des spectacles “La Rampe” du 15 mars 1932 décrit l’ambiance : « Rue de l’Arrivée, c’est “Tagada” dont la décoration, d’une richesse de détails prodigieuse, est due au Maître Paul Colin. Stellio en dirige la marche. Stellio est noir, directeur de la boîte et chef de l’orchestre. Il semble avoir gardé en réserve, sous une impassibilité de fétiche, toute la convulsive vitalité de son pays natal. Son orchestre est une partie de lui-même : il en crée et règle les inimitables caprices et les fantaisies musicales les plus échevelées. C’est la Biguine… Il n’y a rien de plus coquin, et Stellio est un spécialiste de la biguine. »
Le “Tagada” ferme provisoirement en juin 1932. Stellio fait alors l’inauguration de “La Rhumerie Martiniquaise” créée par Joseph Louville au 166 bd Saint-Germain. Il revient quelques mois à “La Boule Blanche” avant de rouvrir son cabaret à la même adresse le 15 novembre 1932 sous le nouveau nom de “Madinina Biguine”. Mais en juin 1933, il se voit contraint de fermer définitivement. La grande dépression, la concurrence de la musique cubaine, celle des autres orchestres antillais qui prolifèrent à Paris, mais aussi le nouveau succès de la musique de jazz, tout cela a raison des efforts du clarinettiste qui se remet à naviguer de boîte en boîte. Il est engagé en septembre 1933 par le directeur de “L’Élan Noir”, cabaret antillais créé en décembre 1931 par Ernest Léardée au 124 bd Montparnasse mais quitté par celui-ci à cause d’un litige de gérance avec le propriétaire. Stellio y reste un an. Il grave aussitôt une nouvelle série de disques chez Cristal. Car depuis son arrivée à Paris en mai 1929, les séances n’ont pas cessé. Stellio en est à son 29e disque 78 tours et il a déjà enregistré pour Odéon, Polydor, Pathé… les amateurs ne se lassent pas. En avril 1934, voulant fidéliser l’artiste, Odéon lui offre un contrat d’exclusivité. On n’entendra plus Léona Gabriel qui épouse le 6 juillet 1935 Emmanuel Soïme, médecin militaire dans l’Infanterie Coloniale. Stellio, ayant épuisé le répertoire de Saint-Pierre, n’enregistre désormais que des versions instrumentales de ses propres compositions.
Ces informations sont extraites du texte remarquablement précis et documenté de Jean-Pierre Meunier qui poursuit cette saga des lieux musicaux parisiens tout au long des années trente et conclut ainsi : « Outre le rôle irremplaçable tenu de son vivant dans la transmission et la sauvegarde de la musique créole de Saint-Pierre, avec le style de clarinette qui lui est attaché, Stellio a laissé une empreinte non négligeable dans la sphère du jazz en France après sa mort : Claude Luter, Maxim Saury, Gérard Tarquin, jazzmen français qui participèrent au “New Orleans Revival” après la guerre, ont reconnu s’être imprégnés des disques du maître de la clarinette martiniquaise pour trouver leurs propres personnalités.
Alexandre Stellio, cette légende Martiniquaise nous a laissé une oeuvre discographique exceptionnelle, un monument de la biguine tant par son étendue (128 faces de 78 tours) que par son intérêt artistique et historique. Le disque nous restitue l’art du clarinettiste dans toute sa splendeur. Ainsi pouvons-nous apprécier aujourd’hui la sonorité puissante et incisive, le phrasé flexible et nuancé, la richesse d’invention mélodique, l’ardeur passionnée du créateur, toutes qualités qui bâtirent la légende et la gloire de Stellio à son époque.
Son orchestre représente la Martinique à l’Exposition Internationale de 1937 à Paris. D’avril à novembre 1938, il fait une tournée en Algérie et en Tunisie puis revient à Paris en décembre 1938. Dans la nuit du samedi 15 avril 1939, Stellio est frappé d’une embolie sur la scène d’un cabaret-dancing de la rue de la Huchette. Devenu hémiplégique, il restera hospitalisé trois mois à l’Hôtel-Dieu de Paris jusqu’à son décès survenu le 24 juillet 1939.
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