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Alexandre Stellio(Martinique) une étoile de la musique antillaise.

Alexandre Stellio(Martinique) une étoile de la musique antillaise.

ALEXANDRE STELLIO, de son nom d’état civil > Alexandre Fructueux, né le 16 Avril 1885 au quartier Anse Dufour, dans la commune des Anses d’Arlet, en MARTINIQUE. 
Ci-dessous, vidéo de 14 des plus grands succès d’Alexandre Stellio.


Clarinettiste auteur-compositeur. Le jeune Alexandre “Stellio” s’adapte très rapidement, développe ses talents de virtuose de la flûte et apprend rapidement à jouer de la clarinette. Il adhère à la Sacem le 17 février 1930. Il devient très vite une vedette dans les dancings les plus côtés de l’époque. Tout au long des années trente à Paris, par la musique et la danse, Alexandre Stellio connut une popularité considérable, tant chez ses compatriotes qu’auprès du public métropolitain. Gaston Monnerville, Président du Sénat de 1947 à 68 le connut adolescent en Guyane, quand la mère du clarinettiste Martiniquais d’Alexandre Stellio s’y était réfugiée avec ses quatre enfants après la tragédie de Saint-Pierre. Il témoigne, dans une interview enregistrée de 11 minutes à la fin du coffret…Ce document est suivi d’un entretien avec Adéla Stellio, sa veuve.

Quand le clarinettiste martiniquais Alexandre Stellio arrive à Paris en 1919, il enflamme instantanément les cabarets de la capitale. Son style : la biguine de Saint-Pierre, une danse né de la fusion de la polka européenne et du bèlè antillais, que Stellio a grandement popularisé auprès du public parisien.
Issue de la culture créole, la biguine est une musique et une danse apparue au XIXe siècle aux Antilles. Plus qu’un divertissement, elle a eu un rôle politique et social, notamment après l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
De Saint-Pierre en Martinique à Paris, elle a fait danser et chanter les amateurs, mais elle a aussi influencé de nombreux styles musicaux, comme le zouk. “La biguine, c’est la rampe de lancement de toutes les vagues successives de musiques créoles en Occident”, explique Bertrand Dicale, journaliste, auteur et commissaire de l’exposition “Traces musicales de l’esclavage” à la Sacem.
Le 16 avril 1885 à vingt heures sur le territoire de la commune des Anses d’Arlets, quartier Anse Dufour, une jeune agricultrice âgée de vingt deux ans, Louise Pierre-Lucien. met au monde dans sa demeure au lieu-dit “le Flandrin” un enfant de sex masculin qu’elle prénomme Fructueux. Celle-ci déclare son deuxième fils le 18 mai de la même année à l’Etat-Civile suivant l’Acte N°56 rédigé par Victor Genty, maire des Anses d’Arlets devant deux témoins, L’identité du père n’apparaît nullement sur l’acte de naissance.
Désireuse de mieux élever ses quatre enfants ; Louise Pierre-Lucien décide d’aller s’installer à Saint-Pierre. C’est en 1892 que se manifeste un marin pécheur du nom de Emile Alexandre d’une cinquantaine d’années, il reconnaît Fructueux comme son fils . Après cet aveu de paternité, plus rien n’est dit de lui. Louise quitte Saint-Pierre avec ses enfants pour vivre à Fort de France, après deux années dans cette ville, elle s’expatrie en Guyane avec ses enfants (deux filles et deux garçons). Nous sommes en 1898. A cette époque, bon nombre de Martiniquais décident d’aller faire fortune en Guyane, c’est la ruée vers l’Or! Louise Pierre-Lucien et ses quatre enfants sont accueillis et installé, dans une maison appartenant aux parents de Gaston Monerville (président du sénat de 1947 à 1968), celle-ci est d’origine martiniquaise. Afin de venir en aide à la famille Fructueux et son frère Théramène quittent le domicile familial pour aller en ville faire un numéro de saltimbanques ; Il était doué d’une grande souplesse. Déjà apprenti cordonnier, Fructueux monte son échoppe dans un recoin de la maison.
Dés qu’il en a l’occasion il joue des airs du pays sur son lieu de travail et dans son numéro de saltimbanque. Bientôt il s’essaie à la clarinette, il a pour maître le grand clarinettiste de Saint-Pierre ISAMBERT surnommé “Serpent Maigre”, ce dernier fait partie des quelques Pierrotains à avoir échappé à l’éruption de la Montagne Pelée ayant quitté Saint-Pierre pour aller faire fortune en Guyane tout comme Archange Saint-Hilaire – Boniface – Marbot et bien d’autres. L’élève de “Serpent Maigre” progresse rapidement au point d’être en mesure d’aller faire le “bœuf” avec les musiciens du “Ti Balcon” la boite à la mode à Cayenne.

De 1929 à 1938, Stellio enregistra pas moins de 128 faces de 78 tours dont les quarante premières avaient déjà été rééditées par Frémeaux. Il était né Fructueux Alexandre. C’est dans les bals de Cayenne que le jeune musicien reçoit le surnom de “Stellio”. Revenu à la Martinique en 1919, il se produit avec le violoniste Ernest Léardée au cinéma Gaumont et dans les dancings de Fort-de-France. Il part pour Paris le 27 avril 1929 à la tête d’un orchestre de cinq musiciens. Accueil chaleureux au bal du “Foyer Colonial”, association d’entraide des Antillais, boulevard Auguste Blanqui. L’évènement est relaté dans un article de Paulette Nardal paru dans “La Dépêche Africaine” du 30 mai. 

À partir de juillet 1929, l’orchestre Stellio se produit au “Rocher de Cancale”, guinguette du 5 Quai de Bercy face à la gare d’Austerlitz. Les fêtards parisiens sont entichés de la biguine depuis que les artistes de Montparnasse ont découvert le “Bal Nègre” de la rue Blomet créé en 1924 par l’homme d’affaires martiniquais Jean Rezard-Desvouves (1901-1980), pianiste à ses heures. Après sa rupture avec Léardée, Stellio fait l’ouverture de “La Boule Blanche” le 3 octobre 1930 au 33 rue Vavin, en association avec Rezard-Desvouves qui venait de quitter le Blomet, aussitôt remplacé par Léardée. Fin 1930, dans les sous-sols de l’Alcazar au 8 Faubourg Montmartre, Stellio anime à17h00 les apéritifs dansants du “Canari” suivis du bal créole à 23h30.

Le mercredi 6 mai 1931, l’Exposition Coloniale Internationale ouvre ses portes au Bois de Vincennes. Chaque après-midi durant cinq mois, Stellio enchantera les visiteurs du Pavillon de la Guadeloupe agrémenté de son plan d’eau et de son phare. Cette période consacre le succès de Stellio et la vogue de la biguine. Dès le mois de juin 1931, il ouvre son cabaret “Tagada” à Montparnasse. Chaque nuit après l’Exposition, il y fait danser jusqu’à l’aube. À la mi-octobre, un mois avant la fermeture, il se fait remplacer à Vincennes par Sam Castendet pour se consacrer entièrement à son affaire. Un article de Formose Salini dans le bimensuel des spectacles “La Rampe” du 15 mars 1932 décrit l’ambiance : « Rue de l’Arrivée, c’est “Tagada” dont la décoration, d’une richesse de détails prodigieuse, est due au Maître Paul Colin. Stellio en dirige la marche. Stellio est noir, directeur de la boîte et chef de l’orchestre. Il semble avoir gardé en réserve, sous une impassibilité de fétiche, toute la convulsive vitalité de son pays natal. Son orchestre est une partie de lui-même : il en crée et règle les inimitables caprices et les fantaisies musicales les plus échevelées. C’est la Biguine… Il n’y a rien de plus coquin, et Stellio est un spécialiste de la biguine. »

Le “Tagada” ferme provisoirement en juin 1932. Stellio fait alors l’inauguration de “La Rhumerie Martiniquaise” créée par Joseph Louville au 166 bd Saint-Germain. Il revient quelques mois à “La Boule Blanche” avant de rouvrir son cabaret à la même adresse le 15 novembre 1932 sous le nouveau nom de “Madinina Biguine”. Mais en juin 1933, il se voit contraint de fermer définitivement. La grande dépression, la concurrence de la musique cubaine, celle des autres orchestres antillais qui prolifèrent à Paris, mais aussi le nouveau succès de la musique de jazz, tout cela a raison des efforts du clarinettiste qui se remet à naviguer de boîte en boîte. Il est engagé en septembre 1933 par le directeur de “L’Élan Noir”, cabaret antillais créé en décembre 1931 par Ernest Léardée au 124 bd Montparnasse mais quitté par celui-ci à cause d’un litige de gérance avec le propriétaire. Stellio y reste un an. Il grave aussitôt une nouvelle série de disques chez Cristal. Car depuis son arrivée à Paris en mai 1929, les séances n’ont pas cessé. Stellio en est à son 29e disque 78 tours et il a déjà enregistré pour Odéon, Polydor, Pathé… les amateurs ne se lassent pas. En avril 1934, voulant fidéliser l’artiste, Odéon lui offre un contrat d’exclusivité. On n’entendra plus Léona Gabriel qui épouse le 6 juillet 1935 Emmanuel Soïme, médecin militaire dans l’Infanterie Coloniale. Stellio, ayant épuisé le répertoire de Saint-Pierre, n’enregistre désormais que des versions instrumentales de ses propres compositions.

Ces informations sont extraites du texte remarquablement précis et documenté de Jean-Pierre Meunier qui poursuit cette saga des lieux musicaux parisiens tout au long des années trente et conclut ainsi : « Outre le rôle irremplaçable tenu de son vivant dans la transmission et la sauvegarde de la musique créole de Saint-Pierre, avec le style de clarinette qui lui est attaché, Stellio a laissé une empreinte non négligeable dans la sphère du jazz en France après sa mort : Claude Luter, Maxim Saury, Gérard Tarquin, jazzmen français qui participèrent au “New Orleans Revival” après la guerre, ont reconnu s’être imprégnés des disques du maître de la clarinette martiniquaise pour trouver leurs propres personnalités. 

Alexandre Stellio, cette légende Martiniquaise nous a laissé une oeuvre discographique exceptionnelle, un monument de la biguine tant par son étendue (128 faces de 78 tours) que par son intérêt artistique et historique. Le disque nous restitue l’art du clarinettiste dans toute sa splendeur. Ainsi pouvons-nous apprécier aujourd’hui la sonorité puissante et incisive, le phrasé flexible et nuancé, la richesse d’invention mélodique, l’ardeur passionnée du créateur, toutes qualités qui bâtirent la légende et la gloire de Stellio à son époque.

Son orchestre représente la Martinique à l’Exposition Internationale de 1937 à Paris. D’avril à novembre 1938, il fait une tournée en Algérie et en Tunisie puis revient à Paris en décembre 1938. Dans la nuit du samedi 15 avril 1939, Stellio est frappé d’une embolie sur la scène d’un cabaret-dancing de la rue de la Huchette. Devenu hémiplégique, il restera hospitalisé trois mois à l’Hôtel-Dieu de Paris jusqu’à son décès survenu le 24 juillet 1939.

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