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Construction durable en Outre-mer : Les Assises tant attendues 

C’est à 14h, depuis le 16ème arrondissent de Paris, que la conférence débute et bien que le décalage horaire soit marqué avec certaines zones du globe, les représentants des territoires insulaires français ont répondu présents. Ce lancement des Assises de la Construction durable en Outre-mer est vraiment quelque chose d’espéré afin de pouvoir mettre en lumière les divers challenges et complexités qui s’opèrent depuis bien des années, entre les attentes et normes nationales, dans les domaines thermoaéraulique et acoustique par exemple, le surcoût « contraintes » que cela engendre, et la réalité concrète, diversifiée mais aussi singulière, dans les DROM**.

Intervenants de cette conférence de lancement en présentiel ou bien par visio

Comment opérer une adaptabilité des lois françaises et européennes (marquages NF/CE), une révision des textes règlementaires auprès des respectifs sols locaux, en plus de faire valoir officiellement leur brillante ingénierie, élaborée notamment face aux contraintes économiques, géographiques, climatico-tropicales et environnementales ? Là sont les grandes lignes introductives qui annoncent des travaux et échanges fort intéressants, dès septembre prochain, sachant de surcroît, les nombreuses sollicitations déjà portées antérieurement : « Cela fait longtemps que nous attendons cela et je formule le voeu que ce moment qui est crucial pour la Nouvelle-Calédonie mais, il me semble, aussi pour tout l’Outre-mer, soit rempli de promesses concrétisées où l’expertise nationale doit pouvoir s’appuyer sur l’expertise locale » introduit Vaimu’a Muliava, membre du Gouvernement calédonien chargé de la construction.

Des besoins communs malgré les différences 

De manière globale, il est évident que les normes d’assurance imposées aux bâtiments se doivent d’être similaires aux exigences de tout un territoire national. Des attentes sécuritaires communes qui, cependant, ne présentent pas toujours les mêmes conditions, notamment en termes de vulnérabilité face aux événements naturels et de moyens de se procurer les matériels spécifiques demandés. Pour les départements antillais, le cyclone Irma de septembre 2017 et ses nombreux dégâts recensés, ont été quelque part l’élément révélateur de cette dichotomie logistico-législative, affichant au grand jour « les défaillances sur l’application de normes inadaptées mais également d’énormes problèmes de mises en oeuvre et d’entretien du bâti sur nos territoires » comme le souligne Jean-Yves Bonnaire, animateur du projet Batisolid*** Guadeloupe-Martinique.

L’ouragan Irma avait frappé toute la zone des caraïbes en septembre 2017 engendrant des dégâts inconsidérables estimés en milliards d’euros de pertes matérielles (DR Voix du Nord)

Et c’est bien parce que cette lucide expertise locale a été jusqu’alors trop peu sollicitée que les divers territoires se sont au final organisés, à leur manière, depuis quelques années, un peu chacun dans leur coin. La Nouvelle-Calédonie ayant été pas mal précurseuse en bien des points, notamment grâce au travail de terrain de Djamil Abdelzaziz, directeur du référentiel de la construction de la N.C et à l’origine de cette idée de mettre en place ces Assises en plus d’un support référent national des normes cycloniques : « Il est évident que des règles sont parfois inapplicables sur nos respectifs territoires. Notre similarité réside aussi en la petite taille de nos frontières ».

Du fait de son isolement géographique et insulaire, la Nouvelle-Calédonie s’ouvre de plus en plus vers des accords régionaux internationaux notamment avec la Nouvelle-Zélande

Des petits territoires insulaires présentant des marchés économiques tout aussi restreints qui se doivent de pouvoir prétendre en une extension de leur zone de chalandise, avant tout internationalo-régionale, comme il est cas pour nos homologues du Pacifique avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, L’Amérique latine pour la zone Antilles et nos aspirations mahoraises Canal Mozambique / Afrique de l’Est pour le bassin océan Indien, en plus d’un renforcement du marché et d’une mutualisation des moyens avec la Réunion. Pour ce faire, il va de soi qu’un élargissement des règles nationales, allié à une harmonisation des normes avec les pays commerçants concernés, puissent être mis en place. 

Une autonomie et un volet environnemental aussi convoités

Dans ces ’’combats’’ et aspirations d’adaptation normative et standardisation locale des produits, en plus des contraintes d’éloignement, les différents territoires ultramarins ont donc oeuvré chacun de leur coté, comme la Réunion par exemple, qui depuis plus de 20 ans, a réussi à faire lever certains points de blocages demandés par les référentiels nationaux, en plus de la création d’un label spécifique reconnu, garantissant la performance des produits de construction et leur adaptation complète au climat tropical qui a été réévalué en qualité de certification ACERBAT**** dans les années 2010 mais qui, un peu comme les normes applicables et locales anti-cycloniques établies par les territoires antillais français dans les années 90, ont fini par disparaitre, au motif d’une non-harmonisation nationalo-hexagonale voire européenne.

La brique de terre crue de Guyane est composée de latérite légèrement humidifiée compressée dans des moules par la machine à presse à 40 bars de pression (DR)

À travers toutes ces tentatives antérieures plus ou moins concrètes, voire avortées pour certaines, il est évidement que le facteur coût et approche environnementale apparaissent intrinsèquement tels d’indispensables alternatives qu’il est impératif de développer localement. Des alternatives relevant aussi du volet traditionnel et de matériaux biosourcés comme il est cas sur notre île avec notre fameuse brique de terre compactée qui fait de plus en plus d’émules et ce, même au delà de notre département. Et niveau réglementations sécuritaires et normatives, là encore, nos ingénieurs mahorais grâce notamment au long travail de terrain de l’association Art Terre — commencé dans les années 80 — n’ont pas à rougir sachant l’obtention de l’Appréciation technique d’expérimentation (ATEx), par l’influent Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

Pour une maison de 100 m2 de plain-pied, il faut compter approximativement 3 500 briques de terre mahoraises (®MLG)

Une reconnaissance normée qui offre, d’une part, une longueur d’avance en matière de référencement national reconnu et validé dans l’élaboration et utilisation d’un matériau local mais également une pertinente réponse face aux contraintes et enjeux climatiques, notamment en termes de raréfaction de l’eau sur notre territoire, comme nous l’explique Melvyn Gorra, intervenant à cette conférence et coordonnateur de l’association précitée : « Notre brique est issue du travail de la terre à l’état naturellement humide; cela ne nécessite pas beaucoup d’eau en comparaison d’autres matériaux de construction plus énergivores. Sachant qu’il s’agit d’une ressource locale qui ne demande quasiment pas de logistique de transport ou bien d’outils de transformation, l’impact environnemental est donc faible, en plus du fait que le produit fini en lui même ne rejette pas de CO2 et soit réutilisable ».

À l’heure actuelle sur notre sol, ce sont approximativement 4 000 briques de terre qui sont produites par jour

Cette traditionnelle recette magique, à faible coût, a été reconnue innovante par les hautes et étatiques instances, poussant même en une mutualisation technique, dans le cadre du projet TOMA, et un rapprochement de l’expertise mahoraise au sein du territoire guyanais, traditionnellement utilisateur de torchis et de galettes de terres comprimées. Alternative qui fait son grand retour face aux matériaux onéreux et parfois complexes en termes d’approvisionnement, que sont le béton et l’acier. 

Dans cette approche de construction plus respectueuse, intelligente et répondant de surcroît, aux besoins et enjeux locaux, les différents acteurs et professionnels des territoires ultramarins, sont donc appelés, dans un premier temps, à apporter leurs vision et expertise en s’inscrivant avant le 4 septembre 2023 pour introduire leurs propositions qui seront soumises à l’ordre du jour lors d’ateliers locaux DROM entre septembre 2023 et janvier 2024.

Bambou, rectorat, Mayotte
Aux prémices de son exploitation, le bambou se veut également un matériau biosourcé de choix pour lequel il serait intéressant de collaborer avec l’expertiseplus avancée d’autres territoires ultramarins français (®MLG)

Ces dynamiques et collaboratives mutualisations, auront également pour bénéfiques effets la rédaction d’un livre blanc de la construction durable en Outre-Mer qui constituera la base d’une feuille de route commune pour l’élaboration de référentiels ultramarins qui seront établis par la suite. Une avancée majeure, notamment dans l’approche et le référencement officiel national des matériaux biosourcés locaux, indispensables compensantes pour des nos chantiers durables à la fois à court et très long terme, pied-de-nez à cette industrielle modernisation qui aura bien accélérée la débâcle écologique de notre Planète. Les choses bougent positionnement, alors tâchons d’être acteurs de cette intelligente prise de conscience.

MLG

Infos pour les contributeurs et professionnels de la construction 

Inscriptions comme contributeurs et/ou rapporteur

Programme des étapes à venir dans le cadre de ces toutes premières Assises dédiées à la construction durable en Outre-mer

* Le projet OMBREE lancé en 2020, accompagne et sensibilise les professionnels ultramarins de la construction, afin de faire émerger des solutions concrètes pour un bâtiment ultramarin performant. Des ressources sont d’ores et déjà disponibles et un appel à projets lancé en 2020 a permis d’accompagner 10 porteurs ultramarins via l’incubateur OMBREE.

** Les Départements ou Régions français d’Outre-Mer

*** Né dans le cadre du Programme d’action pour la qualité de la construction et la transition énergétique (PACTE) de 2015, le projet Batisolid mené par les Cellules économiques régionales de la construction caribéennes (CERC) de Guadeloupe, Martinique et Guyane, réunit les acteurs de la filière construction bois aux Antilles pour mettre en avant une dynamique de construction aux dimensions environnementales et culturelles.

**** L’Association pour la certification du bâtiment A(CERBAT) a été créé par l’ADIR (Association pour le développement industriel de la Réunion), la CERBTP (Cellule économique du BTP) et la CMAR (Chambre des métiers et de l’artisanat de la Réunion).

Beaucoup de constructions des années 80 incluant la brique de terre compactée sont encore visible sur notre île. Ici le lycée agricole de Coconi par exemple (®MLG)

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