​Dans les cordes du firmament

Hommage à deux Alain, Awa Desiles et Nivet. « J’arrive à l’âge où la vie cesse de nous faire des cadeaux
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Hommage à deux Alain, Awa Desiles et Nivet.

​Dans les cordes du firmament
« J’arrive à l’âge où la vie cesse de nous faire des cadeaux pour reprendre ceux qu’elle nous a donnés ».

La citation n’est pas de moi mais colle fortement à mes esprits ; elle est extraite du volet « Crâne de cristal » d’Indiana Jones. Des platitudes aussi affligeantes, on s’en passerait volontiers ; surtout sachant que l’incontournabilité de la chose ne se discute pas.

La place laissée en nos coeurs et nos âmes par ceux qui s’en vont est impossible à combler. Certains êtres prennent une telle place en vous qu’à leur départ, vous vous retrouvez l’air con, les bras ballants, la lippe stupide : « Pourquoi eux ? »

Les croyants répondront qu’on ne discute pas la volontiers de Dieu. Je veux bien, moi, que ce Dieu en lequel je ne crois plus (pardon Guillaume Alexandre !) décide de tout et de son contraire. Je pense plus simplement que le cycle de la vie est immuable.

Le premier Alain, Nivet, nous a quittés voici quelque deux mois. Sacré (!) mauvais tour qu’il nous a joué là, le bonhomme, lui qui pétait apparemment de santé, qui n’avait rien perdu de sa verve légendaire, de son ironie, de sa faculté de dire sans fards, « m… » à tous ceux qui le gênaient aux entournures.

Avait-il des soucis de santé ? Oui, peut-être, mais il n’en a rien dit parce qu’il n’embêtait jamais personne avec ses problèmes.

Alain Nivet était plutôt du genre à endosser les ennuis des autres car sa nature généreuse le poussait à aider. Son attitude envers sa soeur Marie-Christine en est un exemple parfait. La speakerine vedette de la télévision fut, sans avertissement, plongée dans les affres d’une maladie dégénérative. Mais ne voulait pas quitter son emploi. Alain l’y aida, allant la chercher chaque matin, la conduisant à son travail, lui apportant à manger, la reconduisant chez elle le soir. C’était plus que du dévouement fraternel ; j’appelle ça de l’humanisme pur et simple.

Cet homme à l’ironie dévastatrice (ce pourquoi nous nous aimions beaucoup) savait garder intactes ses opinions originelles. Sans jamais se fâcher avec ses amis n’endossant pas ses idées.

Ainsi, ce Pied-Noir définitif et indécrottable ne pouvait pas encaisser un certain Général dont j’ai toujours été un farouche partisan. Il n’y avait pas là de quoi se faire la gueule. Dernièrement, il n’a pas caché son penchant pour un certain Zemmour ; quand moi j’étais contre son Zemmour, contre le Macro(n), contre la Peine-à-Jouir et contre beaucoup d’autres.

Nous en rigolions plus souvent qu’à notre tour.

Je conserve de lui l’image d’un homme franc, jovial, très cultivé, attaché à la Nature et à ses convictions, sans cesse la main tendue… avec son coeur dedans.

Ben oui il me manque.

Comme me manque déjà Alain Awa Desiles, un de ces guitaristes si virtuoses, si inventif, qu’il m’en fichait des complexes.

Une chose essentielle me reste à l’âme le concernant : il n’a pas été gâté dans son boulot et a été si abusé, si surchargé de travail par ses patrons (très grosse société de distribution locale) qu’il en est venu à développer puis expulser un burn-out sévère. De ceux qui laisseraient n’importe qui sur le carreau. Mais pas lui !

Car Alain Awa, sans jamais le dire, avait su développer une immense sérénité ; une sérénité qu’on lisait à livre ouvert dans ses yeux, son sourire, et surtout, sa façon généreuse d’aborder le monde et ses semblables.

Secondé par une admirable compagne, la douce mais volontaire Ohanna, lectrice compulsive et cordon-bleu (la meilleure paella du monde, parole de gourmet !), Alain avait développé une façon généreuse de considérer ses semblables : je ne l’ai jamais entendu manifester le moindre soupçon d’humeur à l’égard de qui que ce fût.

Nous nous sommes souvent retrouvés, chez lui, chez Jipsan (un champion de guitare flamenco, virtuose à faire pâlir Manolo), chez Harry Pitou, le plus rapide de tous les six-cordes locaux, à gratter nos instruments une nuit entière en ingurgitant moult breuvages plus ou moins indéfinis. Je n’étais qu’un « gratteux » amateur, et encore… Harry était un incontesté champion. Et Alain, bluesman et jazzman incontestable, largement supérieur à n’importe lequel de nous, prenait un plaisir non dissimulé à jouer avec nous ; mais en se mettant toujours « en retrait », ne cherchant jamais la vedette.

C’est ça, les grands virtuoses !

C’est grâce à Alain que nous, apprentis gratteux, en adoration devant Charlie Christian, Los Indios, Scotty Moore, Hank Marvin, Chuck Berry, Buddy Holly, Éric Clapton, George Harrison, Django, Blind Lemmon Jefferson, Dadi, Atkins, etc. avons découvert « SRV », Stevie Ray Vaughan. Ah ! « Parisian walk ways »… Aaaaaa !!!!!

Le monde du blues (son style préféré, de loin), le monde du jazz, perdent l’un de leurs plus grands virtuoses.
Nous, nous perdons un frère, un ami, un complice.

Je gage que s’il y a un ailleurs, ils vont en faire un sacré boeuf créole, là-haut, avec Alain, Vally, Luc, Claude, Renaud, Legras, Maingard…

Salut « les Alain ». On se retrouvera sans doute autour d’une paella, à écouter Charlie Christian en sirotant un mascara à 14°… sans modération. Ne vous étonnez pas d’apprendre que je vous en veux : vous me laissez le coeur en capilotade. Mais je vous aime quand même et ça ne cessera jamais.

Salut les artistes !


www.zinfos974.com

Source : https://www.zinfos974.com/​Dans-les-cordes-du-firmament_a186976.html

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