Dans l’hôtellerie polynésienne, des chiffres records à nuancer…

Tahiti, le 16 août 2022 – Un taux de remplissage des hôtels polynésiens jamais atteint au mois de juin. Un revenu
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Dans l'hôtellerie polynésienne, des chiffres records à nuancer…
Tahiti, le 16 août 2022 – Un taux de remplissage des hôtels polynésiens jamais atteint au mois de juin. Un revenu par chambre d’hôtel qui n’a “jamais été aussi élevé toute période confondue”… Le redémarrage en trombe de la fréquentation hôtelière polynésienne reste à relativiser avec une conjoncture post-Covid toute particulière pour le secteur.

S’ils sont généralement moins scrutés que les chiffres de la fréquentation touristique polynésienne, les derniers bilans de la fréquentation hôtelière publiés mardi matin par l’Institut de la statistique en Polynésie française (ISPF) valent le détour. Deux chiffres attirent notamment l’attention. Premièrement, le “coefficient moyen de remplissage” des 42 hôtels polynésiens suivis chaque mois par l’étude de l’ISPF. Cet indicateur du taux de remplissage des hôtels du fenua atteint 75,2% au mois de juin dernier. Un chiffre “qui n’a jamais été aussi élevé pour un mois de juin”, de mémoire de statisticien de l’ISPF. Deuxièmement, le “revenu moyen par chambre louée”, qui reflète le prix moyen auquel est loué une chambre d’hôtel sur une période donnée, atteint 64 000 Fcfp en juin 2022. Et cette fois-ci, c’est un record absolu. “Le revenu moyen par chambre n’a jamais été aussi élevé toute période confondue”, constate l’ISPF.
 
Moins de chambres, plus de touristes
 
De l’avis des professionnels du secteur, ces deux données records s’expliquent assez bien. Pour la première –le taux de remplissage des hôtels– plusieurs données “combinées” sont avancées à la fois par les professionnels du secteur et les économistes de l’ISPF. D’abord, les reports de réservations des hautes saisons 2020 et 2021 tombent enfin, avec la levée des restrictions liées au Covid cette année. Ensuite, il y a aujourd’hui un phénomène mondial d’appétence forte pour le voyage, après une longue période plus ou moins confinée. “Les gens n’ont pas trop dépensé pendant deux ans. Et il y a un fort attrait des marchés touristiques pour la Polynésie après deux ans de restriction”, relève Guillaume Epinette, directeur régional du groupe Intercontinental en Polynésie. “On a l’impression que les touristes veulent se payer un voyage lointain, qui n’est pas une destination de tourisme de masse.” Enfin, relève cette fois-ci le co-président du Conseil des professionnels de l’hôtellerie (CPH), également directeur de l’Intercontinental Tahiti, Thierry Brovelli : “Il y a un facteur très important qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’on a augmenté le nombre de sièges des avions.”
 
La demande touristique a donc augmenté, mais il faut rapporter à l’offre de chambres qui s’est aujourd’hui restreinte. En effet, l’Intercontinental Moorea, les Méridiens Tahiti et Bora Bora, ainsi que les deux Sofitel de Bora Bora n’ont pas rouvert leurs portes depuis la crise Covid. Un nombre qui commence à peser, lorsqu’on le rapporte aux seuls 27 hôtels du CPH. Sur Moorea par exemple, il faut bien se représenter que la fermeture d’un des quatre grands hôtels de l’île représente près de 25% de l’offre de chambres en moins… Résultat, le taux de remplissage des hôtels restant augmente mécaniquement.
 
Des prix “yieldés”
 
Cette raréfaction de l’offre et cette hausse de la demande explique elle-aussi le second record : celui du revenu moyen par chambre louée. Comme dans l’aérien, les hôteliers pratiquent le “yield management”. Comprenez, la pratique commerciale qui consiste à faire varier les prix en fonction du comportement de la demande des consommateurs. C’est ce qui explique l’envolée des prix des chambres d’hôtels, comme des billets d’avion, en haute saison touristique par rapport à la basse saison. “On peut jouer sur 10 à 20% entre le plus bas prix de la basse saison et le plus haut prix de la haute saison”, explique Thierry Brovelli, du CPH. Et de l’avis des professionnels de l’hôtellerie, c’est la principale explication de la hausse du prix moyen de location des chambres. Les touristes n’ont pas hésité à casser leur tirelire cette année pour choisir des gammes de prix élevées dans l’hôtellerie de luxe du fenua.
 
Quant à savoir si d’autres effets économiques peuvent expliquer cette hausse des prix, les constats sont plus mesurés. L’inflation joue évidemment un rôle. “Les 60 000 Fcfp de 2022 sont difficiles à comparer aux 60 000 Fcfp de 2005”, rappelle-t-on à l’ISPF. À plus court terme pourtant, le président du CPH estime que la hausse récente du coût de la vie n’a pas pu se répercuter aussi rapidement sur le prix des chambres d’hôtels au fenua. “Non, c’est trop tôt… On n’a pas cette capacité de réaction”, affirme Thierry Brovelli. “On peut ressentir ça davantage sur la restauration, les tarifs des prestataires, les tarifs des transferts… Tout ce qui est local et qui se vend localement.” L’impact du remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) contractés par les groupes hôteliers ? “C’est difficile de répondre”, tempère Thierry Brovelli. “En ce qui concerne les opérations hôtelières, le PGE n’est de toutes façons pas une charge hôtelière. Il ne devrait donc pas se retrouver dans le prix des chambres. Techniquement, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.”
 
Optimisme mesuré
 
Reste que ces chiffres records sont accueillis avec un optimisme très mesuré dans le secteur de l’hôtellerie polynésienne. “Il ne faut pas oublier d’où l’on vient ces deux dernières années”, rappelle Guillaume Épinette à la tête du groupe Intercontinental. L’effet de report des réservations n’est que conjoncturel et la baisse de l’offre de chambres avec la fermeture des hôtels est encore bien réelle. Pas question d’ailleurs d’évoquer aujourd’hui un manque de clés au sein du secteur au fenua… “Oui, on peut encore monter en occupation”, assure Thierry Brovelli. “Je pense que Bora Bora commence à atteindre des sommets, mais il faut bien se dire qu’aujourd’hui la haute saison est réservée. Il n’y a donc rien de bloqué.” Les chiffres attendus pour la fréquentation hôtelière des mois de juillet à octobre seront assurément très bons. Mais le traumatisme trop récent du Covid appelle visiblement encore à préférer la prudence au triomphalisme.
 


Dans l'hôtellerie polynésienne, des chiffres records à nuancer…


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Source : https://www.tahiti-infos.com/Dans-l-hotellerie-polynesienne-des-chiffres-records-a-nuancer_a211277.html

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