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Guadeloupe. Eau. La défaillance du service public crée une crise interminable : le SMGEAG espoir ou continuité ?

Guadeloupe. Eau. La défaillance du service public crée une crise interminable : le SMGEAG espoir ou continuité ?

Guadeloupe. Eau. La défaillance du service public crée une crise interminable : le SMGEAG espoir ou continuité ?

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Pointe-à-Pitre. Jeudi 4 juillet 2024. CCN. La mauvaise gestion : cause principale de la crise du service public de l’eau potable et de l’assainissement. Le service public de l’eau potable en Guadeloupe est en situation de crise sévère, de caractère systémique, avec la multiplication des coupures, générant des risques pour la santé publique et des fortes contraintes économiques. Ce n’est pas une affirmation fantaisiste, mais c’est ce que dit le rapport de la mission inter-inspection après son passage en 2018 en Guadeloupe.

Cette crise n’est pas liée à un manque d’eau. En Guadeloupe, la ressource potentielle en eau brute par habitant est estimée à 7000 m3. En France, elle est de 3000 m3. La pluviométrie est dense, elle est évaluée, en moyenne, entre 3 et 4 milliards de m3 par an. La crise est la conséquence d’une mauvaise gestion du service et en particulier du manque d’entretien du réseau. Voilà ce que dit le rapport de la mission inter inspection.

Un réseau dont la déshérence explique l’essentiel des problèmes techniques

Les difficultés techniques ne viennent pas d’un manque d’eau ou d’infrastructures insuffisantes, mais de dysfonctionnements des services d’eau, de la vétusté d’un réseau non entretenu, non renouvelé et d’un mode de construction et de gestion hydraulique discutable.

La production d’eau potable est largement supérieure à la consommation effective des habitants et activités. L’importance des pertes résulte d’un taux de fuite aux causes diverses. La ressource est donc a priori largement suffisante. Ce sont les pertes d’eau, qui rendent la ressource insuffisante pour couvrir les besoins.

Des conduites majeures dont le feeder Belle-Eau Cadeau (BEC) qui ont perdu leur fonction d’adduction… Certaines conduites de transfert d’eau potable ont été progressivement transformées en antennes principales de distribution, avec des prises directes, sans régulation, voire sans stockage. Le feeder BEC, mais ce n’est pas le seul, n’assure plus la pression prévue aux différents points d’accès au réseau de distribution en périodes de pointe de la consommation, avec des coupures à l’aval du réseau et aux points hauts.

Un réseau de distribution qui s’est construit sans plan d’ensemble

Le réseau de distribution s’est construit au coup par coup, sans plan directeur : les extensions de réseau ont été ajoutées aux extensions, les antennes aux antennes, en fonction des besoins du moment, sans vérification des capacités du réseau en amont à absorber la demande supplémentaire.

Aujourd’hui, les fuites sur le réseau s’élèvent à 63,8% sur un réseau qui compte 4250 km. Sur ces 4250 de réseau, il ya 2720 km à réparer pour avoir un réseau en bon état, autant refaire un réseau neuf. On relève plus de 3000 fuites d’eau par an, causées par des mouvements de sols, des affaissements de chantier, le vieillissement des canalisations.

Guadeloupe. Eau. La défaillance du service public crée une crise interminable : le SMGEAG espoir ou continuité ?

La responsabilité des différents gouvernements dans l’aggravation de la crise dans sa dimension sanitaire.

Les différents ministres “responsables” de l’eau et de l’environnement ont laissé empoisonner les terres et l’eau en toute connaissance de cause.

La question de l’empoisonnement de l’eau à la chlordécone aux Antilles est un scandale aussi grave que celle du sang contaminé. Les gouvernants étaient informés de la contamination des sols par la chlordécone. Plusieurs rapports ont été mis à leur disposition, ils n’ont rien fait pour protéger la population.

  • 1977 : le rapport Snégaroff (INRA)
  • 1979-1980 : le rapport Kermarec
  • 1993 : Etude dans l’estuaire du Grand Carbet (Unesco)
  • 1998 : Rapport Balland-Mestres-Faget, mission d’inspection diligentée par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture

Le 5 juillet 2001, un rapport Bonan-Prime sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe est remis à Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, et à Dominique Gillot, secrétaire d’Etat à la Santé. Une campagne renforcée de contrôle des teneurs en pesticides dans l’eau, menée par la DDASS (ARS aujourd’hui) montre des taux très élevés de pesticides organochlorés (Chlordécone, Dieldrine et hexachlorocyclohexane) dans l’eau distribuée et même dans l’eau embouteillée.2002 : l’étude de la rémanence des pesticides dans l’estuaire du Grand Carbet confirme tant leur toxicité que leur persistance dans les sols.”

En 1992, le chlordécone est reconnu toxique aux Antilles, le ministère de la santé reste de marbre., à l’époque le ministre de la Santé était Bernard Kouchner.

Par trois fois, de 1992 à 1993, de 1997 à 1999 et de 2001 à 2002, le ministre de la Santé est Bernard Kouchner et rien n’est initié de la part de son ministère pour arrêter le processus d’empoisonnement. Pour Bernard Kouchner, l’action humanitaire c’est mieux quand les télés internationales se déplacent. Des pesticides aux Antilles ? Le problème de l’empoisonnement au de l’eau et des terres aux Antilles ne lui rapporte rien pour son image et sa carrière !

Pour ne pas avoir l’air de ne stigmatiser Bernard Kouchner, d’autres ministres français de la santé ont brillé par leur silence sanitaire et “humanitaire” : Simone Veil, Dominique Gillot, Elizabeth Hubert, Hervé Gaymard, J-F Mattéi, Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand…

Tous ces gens ont une responsabilité énorme dans le drame que nous vivons aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

Nos élus ont aussi une écrasante responsabilité dans la situation actuelle du service public de l’eau et de l’assainissement en Guadeloupe.

Ils ont commis une faute impardonnable en confiant la gestion de l’eau en Guadeloupe à une multinationale française qui changeait de nom tous les 10 ans. C’était au départ SOCEA, puis, SOBEA, ensuite SOGEA et enfin VEOLIA. C’est cette multinationale qui a pillé les usagers de l’eau en Guadeloupe et qui nous a laissé avec un réseau d’eau à l’abandon. Il y a eu un simulacre de procès Hernandez mais les principaux responsables VEOLIA et les élus n’ont jamais été inquiétés.

En 2009, avec le LKP, il y avait une possibilité de trouver un chemin pour sortir de la crise mais nos élus qui sont de petites tailles pour utiliser l’expression célèbre de Raoul Serva, n’ont pas saisi l’occasion. Ils ont agi comme l’Etat colonial en refusant d’appliquer le protocole d’accord du 04 mars 2009.

Le protocole de fin de conflit du 4 mars 2009, signé par l’Etat et les Collectivités Départementale et Régionale, mentionne l’Office de l’Eau en ses article 35 et 37 : « 35. Les structures de production et de distribution d’eau potable acceptent de se regrouper et de se fondre dans un syndicat unique de gestion de l’eau avant la fin de l’année 2009.

L’État et le conseil général, directement et par le truchement de l’Office de l’eau, établissement public rattaché au conseil général, apporteront leur concours administratif et technique à la mise en place de ce syndicat unique de gestion et de distribution de l’eau à l’échelle de la Guadeloupe. Cette rationalisation organisationnelle permettra d’unifier le prix de l’eau sur le territoire et sera de nature à en faire baisser le prix moyen grâce à la mutualisation des moyens et à l’interconnexion optimisée des réseaux. 37. L’État demandera à l’Observatoire des prix d’étudier avant fin 2009, les composantes de la structure du prix de l’eau potable, et de faire, en relation avec l’Office de l’eau, toute proposition permettant, d’une part, d’agir à la baisse sur son prix et, d’autre part, d’améliorer sa tarification de façon qu’elle soit progressive par rapport à la consommation annuelle. » 

Le SMGEAG espoir ou continuité ?

La loi du 29 avril 2021 a mis en place une nouvelle gouvernance dans le service public de l’eau potable et d’assainissement en Guadeloupe en créant le SMGEAG établissement public à caractère industriel et commercial.

Après plus de deux ans d’existence, le SMGEAG n’a apporté aucune amélioration à la situation du service public de l’eau potable et de l’assainissement en Guadeloupe. Gouverner c’est prévoir : il fallait prévoir qu’en prenant la gestion d’un réseau d’eau à l’abandon qu’il sera impossible de le faire fonctionner pour satisfaire les usagers. Le plan des responsables du syndicat, c’est de faire payer la remise en état du réseau par les usagers sur une période de 10 à 15 ans.

Le SMGEAG utilise les mêmes pratiques mafieuses que ceux qui l’ont précédé : factures exorbitantes, menaces, opacité….

En Guadeloupe les distributeurs d’eau ont inventé un mode de gestion tout à fait illégal. C’est la pratique des tours d’eau. Il y a même une planification des tours. Nous rappelons que l’usager de l’eau est en contrat avec un service public de l’eau potable. Il y a des principes fondamentaux qui règle le fonctionnement de tout service public. Les services publics reposent en droit sur un certain nombre de principes fondamentaux, dégagés par la jurisprudence et la doctrine

  • Principe de la continuité du service : Le service public doit fonctionner sans interruption anormale
  • Principe de l’adaptation : le service public doit pouvoir être constamment adapté aux changements des exigences de l’intérêt général
  • Principe de la Primauté : les intérêts privés doivent, en cas de conflit, s’effacer devant l’intérêt général représenté par le service public
  • Principe d’égalité devant le service public : Il consacre l’égalité d’accès des administrés ou des usagers au service public.

Le bilan du SMGEAG est catastrophique :

  • La qualité de l’eau est mauvaise. L’eau du robinet est dangereuse pour la santé des usagers. À tout moment on peut être amener à boire de l’eau contenant des bactéries coliformes : Escherichia coli, entérocoques ce qui indique que l’eau a été contaminée par des matières fécales et se trouve impropre à la consommation.
  • Il y a souvent un excès de chlore libre dans l’eau mais aussi de l’aluminium en excès par rapport aux normes de l’OMS
  • Les problèmes de la facturation sont courants et le SMGEAG ne répond pas aux lettres de contestations.

Nous n’aborderons pas ici le dossier de l’assainissement qui est aussi grave que celui de l’eau potable. Nous le traiterons dans un prochain article.

Olivier Ramsi

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