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Guadeloupe. Economie : Vous avez dit… Octroi de fonctionnement !

Guadeloupe. Économie : Vous avez bien dit …Octroi de fonctionnement !

Guadeloupe. Économie : Vous avez bien dit …Octroi de fonctionnement !

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Marie Galante. Mercredi 1 mai 2024. CCN. Tous ces pseudo discours sur « l’Octroi de mer » finissent par devenir redondants et ridicules. Les “Experts “de tous bords s’auto congratulent par des démonstrations toujours aussi méandriques que nébuleuses.  

L’analyse de Bernard Leclaire

Notre seul levier fiscal` 

Je ne voudrais pas, comme à l’accoutumée, aborder le sujet sur le même angle d’une explication de l’explication. On finit par avoir le tournis, plus on essaie de comprendre et moins on a l’impression réellement de comprendre. De plus, ils prennent davantage de plaisir à ergoter sur l’inexplicable qu’à vouloir simplifier un mécanisme toujours aussi loin de son but premier. La preuve, on en parle depuis des décennies et jamais on a osé porter une modernisation rationnelle à ce bidule.

Tous nos politiques au moins sont d’accord sur un fait, lequel est d’être en mesure de garder ce seul levier fiscal que détient le Pays par l’administration régionale. Cette Collectivité a le privilège de conserver, de hausser, de baisser ou simplement d’exempter n’importe quel article de cette taxe. Il y a plusieurs taux, il y a même pléthore de taux et en présence des revendeurs lors des ventilations, chacun défend bec et ongle ses articles afin d’y échapper. À mon humble avis, je ne vois pas l’obligation de leur présence. 

Au départ, il s’agissait de taxer la marchandise à l’importation pour optimiser les prix de la production locale. Il fallait, dit-on tirer les ficelles fiscales dans le but de contrôler l’expansion de la vie chère. Guerre largement perdue, cet outil n’a pas les reins assez solides pour être en mesure de réguler la hausse des prix, a fortiori d’avoir la faculté d’arrêter un tel processus. Force est de constater qu’il existe aussi un Octroi de Mer sur les produits locaux et même l’eau « fécalisée » du robinet y a droit. Nous remarquons bien que le but est de faire rentrer des devises et de faire du chiffre. Cela peut-il suffire ?

Sans rentrer dans la pléiade infinie des taux et montants de cette usine à gaz, je voudrais ici, faire comprendre un principe de base qui, dans sa genèse, a priori aurait pu être productif, percutant et utile, mais de laisser pour compte sa raison d’être et sa vocation première, il finit tout simplement par devenir une monstruosité à force.

Même si, en général, nous n’aimons pas les impôts, nous savons tous que cette recette est nécessaire et indispensable. Elle contribue au bien-être général de la population et de la cité. On finit par intérioriser ce fait. La France est certes l’un des pays où il y a le plus d’impôts directs ou indirects, mais aucun État au monde ne peut exister sans la contribution des citoyens. Disons qu’il s’agit d’un mal nécessaire. 

Où tout cela devient conflictuel, c’est lorsque les populations se posent la question, à savoir, que fait l’État avec l’argent de mes impôts ?

Attaquer le mal à sa racine.

Citoyen conscient de sa participation pour le bien collectif certes, mais on doit visuellement pouvoir observer les réalisations et les améliorations.  On tient à se rassurer que notre contribution serve réellement au bien collectif. Par conséquent, il est indispensable d’imposer les contribuables, tout en gardant un équilibre intelligent pour ne pas faire fuir ses propres habitants vers d’autres cieux heureusement moins imposés. Personne n’a l’obligation de vivre à l’endroit où il est né. Trop d’impôt tue l’impôt. 

Objectivement, s’agissant de l’Octroi de Mer, le citoyen lambda se fait la même réflexion. Les Guadeloupéens se posent les mêmes questions. Triste constat, en effet, le process ne baisse pas le cout des produits pour la maitrise de la vie chère. Le process ne préserve donc pas la production locale et il ne stimule pas non plus les Entreprises internes. Il est évident et normal que d’aucuns puissent juger sa pertinence et sa pérennité comme nulles.

L’Octroi de Mer, selon nos experts, représenterait 3 % grosso modo sur les produits en général au niveau du prix de vente. Ces mêmes experts affirment, preuves à l’appui, que la cherté de la vie dans nos territoires viendrait davantage des marges exorbitantes pratiquées par un système monopolistique bien rodé et bien huilé des lustres depuis.  Que fait-on pour y remédier ? À ne toujours pas attaquer le mal à sa racine ! 

Bruxelles veut interdire l’Octroi de Mer, car il n’existe que dans les quatre DOM, cette taxe remonterait à Colbert, comme une espèce de « droit de quai ». L’Union européenne autorise son fonctionnement jusqu’en 2027, où l’on devrait l’enterrer de sa belle mort. L’État français, par un chef guerroyeur, cherche par tous les moyens à renflouer des dépenses exorbitantes pour un fait de guerre qui, a priori, ne le concerne nullement. Même au plus haut niveau, nous voyons bien que les priorités des populations sont parfois à des années-lumière de celles des politiques. N’est-ce pas cette contradiction qui nous conduira au chaos ?

Un assaut contre les 40% ?

Les caisses sont vides, disait déjà un ancien premier ministre des décennies depuis, a fortiori aujourd’hui.  Raison pour laquelle le milliard et demi que rapporte l’Octroi de Mer sur l’ensemble des territoires dans lesquels il existe encore attire la convoitise d’un État devenu lui-même accapareur et prédateur. L’interdire par Bruxelles, en remplaçant cette manne par une augmentation de la TVA. Voilà l’idée sous le symbole ! Ainsi, l’État récupère le tout et cette petite liberté de la Région se voit subtilisée en toute tranquillité. Quid de cette compensation par ce même État pour combler le manquant ? Attention aussi à ce que, ce premier assaut contre l’Octroi de Mer ne soit pas l’objet et le sujet d’une seconde salve de missiles lâchée contre les 40 %.

Dans cette triste danse du vautour charognard qui explore les malades, il faut savoir que cette faiblesse vient du fait même des guadeloupéens qui sont à la tête du Pays. Nous prêtons le flanc par manque d’envergure et par absence de perspective sur l’avenir. 

La carence de pragmatisme des recettes de l’Octroi de Mer vient d’une culture électoraliste qui prévaut des lustres durant. On peine à réformer le Pays, mais quand il s’agit de cogiter pour faire perdurer sa carrière politique, développer ou maintenir son électorat, là, tous les neurones sont en ébullition. Pas étonnant que les Collectivités majeures et les Mairies ne survivent plus sans cet apport afin de gonfler la masse salariale et de réajuster leur budget.  99 % des recettes versées par la Région concernant l’Octroi de Mer servent directement au fonctionnement de ces structures.

À vrai dire, la recette de l’Octroi de Mer consiste, très simplement dite, à payer les fonctionnaires pléthoriques dont les parents des parents, enfants et alliés, cousins, cousines et taties… dans un Pays où il y a 40 % de chômage, seront évidemment amenés à voter pour l’élu en question, apparaissant comme le dieu qui porte à manger sur la table. D’où les 70 % de non-votants, pour cause, ne faisant pas partie des bénéficiaires directs ou indirects d’un système dans lequel on se couche par peur des incertitudes de demain. Comme dirait l’autre, le ver est dans le fruit.  Quid de l’attitude des anti-élections qui, n’existant pas, facilitent toujours la réélection des mêmes individus ?

99% des communes dans le rouge ?

Tout cela pour dire, que la vocation première de cette taxe a été détournée depuis belle lurette. Les Collectivités sont bondées et nous savons tous très bien que la quantité n’a jamais fait la qualité. Il suffit de constater que cette embauche pléthorique représente surtout les agents de cadre B ou C, or il manque terriblement aujourd’hui dans toutes ces administrations, des agents de bon niveau, référencés cadre A. On a fait du quantitatif électoral afin d’avoir les familles entières d’une Commune pour asseoir son électorat et consolider sa réélection. Chaque maire en remet une couche, nous observons alors que 99 % des Communes de Guadeloupe sont au rouge puisque la masse salariale vient bouffer le budget initial. D’où une perpétuelle attente de la manne de la Région qui devient un outil salvateur pour pallier les déficits colossaux et réaliser toutes formes d’investissements au sein de la ville.   

Le président de Région, tel un Christ se voit octroyer l’image du sauveur, parce qu’en réalité, c’est bien lui qui permet de maintenir en place ce nébuleux système de garde-manger. Tout cela se fait avec l’argent collecté par l’Octroi de Mer. Nous comprenons très bien les raisons pour lesquelles les élus aujourd’hui, crient par-dessus mers et terres les bienfaits de l’Octroi de Mer, son indispensabilité allant jusqu’à faire l’objet essentiel d’une plénière afin bien sûr de sauver le soldat Octroi de Mer. Surtout pour sauver un perfide système qui fonctionne depuis l’aube des temps. 

Si nos politiques avaient rectifié ce fonctionnement, depuis bien longtemps la recette de l’Octroi de Mer n’aurait pas été visée par l’Union européenne et plus directement par l’État français.  C’est justement à cause de cet exécrable constat que l’Octroi de Mer est aujourd’hui autant diabolisé.   On lui reproche tout simplement de contribuer à la vie chère. N’oublions pas qu’en 2009, les gens sont descendus dans les rues pendant 44 jours à cause de la cherté de la vie, un fils guadeloupéen en est mort et depuis, rien de tangible n’a été fait, sinon que les choses ont hélas empiré ! Tous les ingrédients, à la puissance mille, sont encore bien réels. Il suffirait d’un feu de paille pour que l’incendie soit total. Sommes-nous encore conscients de cela ? Avons-nous tiré des leçons de cette colère spontanée ?

Que fallait-il faire ? 

Il faut certes réformer la ventilation des taux adossés à la pratique de l’Octroi de Mer, mieux penser les secteurs en difficultés, les secteurs à soutenir, à défendre et autres… la recette sera toujours la recette… mais la question des questions : pour en faire quoi ?

Ainsi, il fallait, depuis très longtemps, que les Collectivités puissent revoir et corriger leur système d’embauche. Toutes les mairies de Guadeloupe fonctionnent encore aujourd’hui avec plus de 50 % de personnels en trop. On ne dit pas de virer les gens. C’est une triste vérité, s’il y a vingt ou trente ans de cela où on était déjà conscient de la gravité et de l’effet pervers de cette réalité, on n’y serait pas aujourd’hui. Il faut immédiatement stopper les embauches, mettre en place un grand plan de départ à la retraite et de reconversion. Établir un lissage consensuel et humain avec les personnels afin de procéder au « dés-engraissement » du mammouth. Sur le moyen terme, on y serait déjà au moment même où nous en parlons.

Dans quel but ?

Évidemment, il ne s’agit pas de virer les gens, nous le réaffirmons et de ne pas embaucher nos frères et nos sœurs. Il faut comprendre, qu’aujourd’hui, au lieu d’avoir 90 % des recettes de cette taxe qui finissent dans le budget de fonctionnement des collectivités et des communes, on y serait à 20 %. Ce qui signifie que 80 % pourraient enfin servir essentiellement à l’investissement. La Région ayant à charge le développement économique du territoire deviendrait détentrice d’une Banque d’Investissement comme moteur d’engagements financiers dans des secteurs révolutionnaires comme l’Intelligence Artificielle. Les secteurs comme la canne, l’exportation en générale, les ateliers de transformations agroalimentaires… bref, le développement de la production locale serait pourvu d’un levier qui fait hélas trop défaut de nos jours ! Les jeunes en déshérence pourraient bénéficier d’un relai financier pour démarrer leur activité. Je pense à des secteurs dans lesquels manifestement notre jeunesse excelle, comme le sport, la musique, la danse, le cinéma, la peinture, la sculpture… des secteurs dans lesquels évidemment il faut un apport conséquent pour oser exister. 

Mieux vaut l’avoir.

Il faut donc croire que c’est la mauvaise utilisation de l’Octroi de Mer qui fait qu’aujourd’hui, il soit si vilipendé, allant jusqu’à entendre l’EU et l’État Français même, par son ministre de l’Économie, vouloir lui mettre la tête sur le bio. 

Je dis explicitement qu’il vaut mieux l’avoir que de le perdre ou de se le faire subtiliser par l’État. J’affirme aussi que si l’on continue de la sorte à persister dans une exploitation négative et hors la loi évidemment, l’État ne tardera pas, tôt ou tard, à vouloir le récupérer sous forme de TVA. La révolution de cet outil doit se concevoir dans sa finalité, ainsi davantage que dans sa structure, même si quelque part, il y aurait beaucoup à faire pour une meilleure adaptation des leviers concernant directement l’amélioration des différents secteurs économiques. 

On doit très rapidement montrer et démontrer que cet apport financier est utilisé à bon escient, par conséquent, dans le cadre réel du rayonnement des investissements du territoire. Il sera toujours plus performant de créer des Entreprises en donnant aux Guadeloupéens la possibilité de travailler à l’accès d’une véritable production locale afin de tordre le cou d’une importation qui enrichit les autres et jamais nous. Financer des salaires dans un but électoraliste ne fait qu’appauvrir le niveau économique global du Pays. On croit que proposer la possibilité à des Guadeloupéens de devenir des consommateurs fortifie son « Level », mais en fait, cette action sombre dans le factice et le fictif.  C’est la symbolique de celui qui préfère journellement donner du poisson à autrui au lieu de lui offrir une canne à pêche pour lui apprendre à pêcher. Finir avec une espèce de rente qui vient asseoir la domination sociale et psychologique de certains sur la misère d’une population abandonnée sans perspective aucune.

Pour aller plus loin. 

Toutes les questions touchant à notre propre organisation nous causent problèmes et nous sommes toujours pris au dépourvu. Nous ne semblons pas être préparés aux grands changements d’aujourd’hui, a fortiori de demain. Sur la question du Changement Institutionnel, nos politiques, branle-bas-combat, découvrent subitement qu’il est en effet, d’actualité et qu’il va falloir très rapidement s’y frotter. Dans la foulée, puisque la Guadeloupe doit irréversiblement rentrer dans son XXIᵉ siècle, la problématique du Changement Statutaire s’imposera à nous, parce qu’elle devient nécessaire même pour l’État français. Si nous ne la pensons pas, on va nous l’exiger vaille que vaille. Autant, immédiatement, se tenir prêt dans le rédactionnel d’une loi organique avec le concours de tous nos experts.

Le temps des archaïsmes se termine et les récents soulèvements de certains États Africains nous démontrent qu’une autre ère est en train de poindre à l’horizon. Une guerre nucléaire à n’importe quel moment peut nous réveiller au petit matin. Le réchauffement climatique avec son cortège de malheurs peut aussi frapper à n’importe quel moment. Nous vivons sur un territoire qui est à la fois sismique, volcanique, tsunamique et cyclonique. Depuis Hugo, la chance nous a grandement épargné, en sera-t-il toujours de la sorte ?  Le monde livré par l’Occident, sans jouer la sinistrose, n’a jamais été autant assis sur une poudrière. Sommes-nous prêts face à tous ces désastres à venir ? 

 

Allons-nous nous contenter de regarder le ciel en levant les bras, sans jamais penser un seul instant à proposer quelques perspectives pour nous-mêmes, pour notre Pays, pour nos enfants et petits-enfants ? Le réel géographique appartient à tout individu qui vit là où il est. Notre vérité ne peut pas se concevoir par un morceau de ciel se trouvant à 8000 kilomètres d’où nous vivons. Nous avons une urgence existentielle à affirmer dans une collaboration ou un partenariat avec la France. Aucune pensée pertinente ne peut se concevoir sans passer par une Autonomie du Pays Guadeloupe   dans la pose des fondations de son demain. Nous sommes les propres acteurs de notre réel et nous serons les propres bâtisseurs et architectes de notre avenir. Une condition s’impose tout de même, il faut en être conscient et prêt à endosser cette responsabilité. Le sommes-nous ?

La France elle-même est face à un mur. Il y a pénurie d’hommes, d’idées, de lumière et d’espoir. Son largage par certains États Africains est un signe de manque de lucidité, de réactivité et d’un fonctionnement colonialiste pervers et stérile. Il va falloir, là aussi, qu’elle change de paradigme, désormais incapable de réinventer le monde, ce monde qui, en effet, a bel et bien changé grâce à d’autres. Les puissances occidentales ont perdu de leur superbe, n’ayant pas su ou vu qu’il fallait davantage du developping avec les pays assistés au lieu de les exploiter sans vergogne dans une misère exécrable. La jeunesse de ces nouveaux espaces aspire, elle aussi, à prendre part à cette conquête du bonheur. Elle dit alors, plus aucun bonheur ne se fera sans elle.

Nous sommes la synthèse du monde. Il nous revient dès lors de proposer les changements de notre réussite afin d’être à même de faire face à cette grande transformation planétaire. Nos idées viennent de nos tripes, de notre histoire, de nos souffrances, de nos espoirs et de notre grande lucidité universelle. Osons le dire, osons le crier, osons le devenir, osons l’Être et non le Néant.

Bernard LECLAIRE 

Président, AMBITION GUADELOUPE 

Président Coordonnateur, NOU KA SE YONN – ÎLES DU SUD

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