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Guadeloupe. Education : Enjeux et réalités, l’école est-elle en crise ? #1

Guadeloupe. Éducation : Enjeux et réalités, l'école est-elle en crise ? (1)

Guadeloupe. Éducation : Enjeux et réalités, l’école est-elle en crise ? (1)

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Pointe-à-Pitre. Mardi 21 Mai 2024. CCN. Le système éducatif en Guadeloupe aujourd’hui se caractérise par des retards dès la maternelle qui s’amplifient tout au long de la scolarité au primaire et au secondaire. Plus de 1200 élèves sortant chaque année du système scolaire sans aucun diplôme ou avec des niveaux de formation trop faibles pour leur permettre une insertion sociale. De nombreux jeunes collégiens sans affectation à l’issue de la troisième ou affectés dans certaines filières professionnelles par défaut. Moins de 50% d’une classe d’âge obtenant le Bac.

Au pôle Guadeloupe de l’UA, un taux d’échec en première année de licence de près de 75% et un taux de déperdition (abandon en cours d’année) de 41%. Cependant, on ne sent chez les politiques, l’urgente nécessité de se pencher sérieusement sur cette question pourtant essentielle pour le devenir du pays. Rene Beauchamp qui a été secrétaire général du SPEG a confié son analyse @ CCN.

Le développement de classes préparatoires aux grandes écoles qui si elles constituent des « pôles d’excellence » sont l’arbre qui cache l’échec du système

On a un système élitiste plaqué sur une réalité d’échec important et qui nous laisse pour héritage, après plus de 100 ans d’existence, 25% d’illettrisme. Cet échec a des conséquences graves sur les conditions de travail dans les établissements scolaires, sur l’intégration des jeunes dans la société, sur le climat social alors que le système scolaire est censé permettre aux élèves de se construire en tant qu’individu et de préparer leur avenir.

Cette situation est malheureusement porteuse de violence dans l’école. Violence sociale avec un développement de contraintes et charges accrues sur les personnels et des conditions de travail de plus en plus dégradées. Violence sur les élèves qui subissent une École dans laquelle beaucoup ont le sentiment d’être exclus et de ne pas avoir de perspectives, sentiment qui se traduit   de plus en plus par des actes d’incivilité. Violence des parents qui pour beaucoup ne voient plus dans l’École l’espoir d’ascension sociale pour leurs enfants, se sentent désarmés et seuls face à cette Ecole dans un contexte économique et social défavorable et se retournent parfois, contre les personnels qui sont les acteurs les plus visibles et les plus accessibles du système.

  • Comment résoudre la question de l’échec et des retards scolaires importants qui s’affichent dès la prise en charge de l’enfant en maternelle, s’aggrave au primaire et conduisent immanquablement à l’illettrisme ?
  • Quel doit-être la place de la réalité linguistique, sociologique et culturelle de l’enfant guadeloupéen dans l’école ?

Dans les classes maternelles, les prés acquis liés à l’environnement social et culturel de l’enfant ne sont pas mis en valeur ni pris en compte dans le développement de ses capacités langagières et de socialisation. Trop souvent, le contenu même de ce qui sert de support à son apprentissage lui est extérieur et donc ne lui parle pas. Ce choix qui part d’un a priori, cet enfant est de culture et de langue française. Ce refus de son vécu socio culturel et linguistique le place dans des conditions défavorables à l’acquisition des savoirs fondamentaux transmis dans la langue officielle de l’Ecole qu’est le Français. Cette réalité est particulièrement préjudiciable pour les enfants de milieu défavorisé et/ou non francophone qui sont les plus nombreux.      

Pour obtenir des avancées significatives, il faut s’attaquer aux causes profondes de l’échec et de l’illettrisme en Guadeloupe en apportant des réponses de fond sur les contenus, les parcours de formation, la formation des maîtres et l’élaboration de matériel pédagogique adéquat.

Tout ceci exige de :

  1. Prendre en compte le contexte afin de mieux préparer l’enfant à ‘devenir élève dès la maternelle

– Développer les compétences cognitives, communicatives, et langagières en s’appuyant sur le ‘déjà-là’ des élèves et les réalités de son environnement.

– Faire évoluer les comportements et conduites spontanées des enfants afin de les adapter aux règles de l’institution scolaire

– Développer l’appétence scolaire, l’entrée par la joie dans les apprentissages et le goût pour les apprentissages

  1. Faire évoluer les représentations et pratiques de l’encadrant pour mieux les adapter au contexte.

– Faire évoluer chez les encadrants les représentations qu’ils ont des élèves, de leurs difficultés et de leurs besoins

– Faire évoluer les pratiques professionnelles

– Faire évaluer les modalités de la formation du binôme enseignant – ATSEM pour une meilleure cohésion

  1. Faire évoluer le rôle des parents d’élèves dans les apprentissages scolaires.

– En valorisant les pratiques familiales quotidiennes dans leur lien avec les apprentissages scolaires.

– En améliorant quantitativement et qualitativement la participation des familles dans les apprentissages.

  1. viser à la construction du rapport à la loi et aux règles de l’école avec une méthodologie d’apprentissage des comportements sociaux et civiques à partir des droits de l’élève et de l’apprentissage du rôle d’élève. Ce rôle se construit par l’articulation des devoirs et des droits appris et reconnus.

Des pistes de solutions existent déjà pour mettre en place ces préconisations, sous forme d’analyse, d’expérimentation, de production de matériel pédagogique, d’ateliers de production d’outils, d’ateliers d’animation pédagogique. Il faut les répertorier, les étudier et les intégrer dans un projet éducatif pour la Guadeloupe. En particulier la méthode reconnue sur le plan international préconisée par l’entreprise @ comme apprendre dirigé par Alain Dorville, docteur en psychopédagogie, qui s’appuie sur un conte musical « Le roi des vents » et la méthode Bâtir.

Notre longue expérience et pratique vécu dans ce combat nous a appris que le système est hostile à toutes innovations ou expériences qui le bousculent dans ses certitudes et que, pour lui, l’expertise et la recherche ne peuvent pas être guadeloupéenne. C’est la raison qui nous a conduit à créer en 2011 une Association pour la promotion de l’éducation et de l’enseignement en Guadeloupe « Ti Filawo » qui a pour objet de concevoir, promouvoir et mettre en œuvre des démarches et des structures d’éducation adaptées au contexte de la Guadeloupe.

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