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Guadeloupe. Service public. On crie eau…secours !

Guadeloupe. Service public. On crie eau… secours !

Guadeloupe. Service public. On crie eau… secours !

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Gourbeyre. Mardi 25 juin 2024. Dans les méandres d’un service public à l’agonie, Marlee la Nouvelliste de CCN raconte toutes les difficultés des habitants du sud Basse-Terre, qui n ‘ont pas toujours une eau d’une réelle potabilité sortant des robinets. A quoi sert donc ce SMEAG : un service public ou un sévice public ?

Pour ceux qui connaissent l’engagement de « madam la i ka goumé pou dlo an péyi la », ils noteront sans doute un accent de pessimisme dans les propos ; sentiment un peu éloigné il est vrai de l’espoir et l’espérance qui habituellement l’accompagnent.

Mais ne vous y méprenez pas ! La réalité d’une situation et le pragmatisme qui doit aider à son appréhension nécessitent parfois d’y faire face sans tabou !

Bien entendu, tout dépendra de quel côté du ‘guet’ qu’on se trouve : Certains vous diront qu’il ne faut pas exagérer, la situation ne serait pas si catastrophique que c’la ! « On fait avec… ». Je dis tant mieux si au moins une partie de mes concitoyens avait réussi à faire corps avec ce désordre hydrique !

 

Car, à bien y regarder, il faut admettre qu’il faut s’en doute avoir la force mentale et psychologique d’un guadeloupéen pour accepter cette situation sans manifester une véritable indignation….

La plupart des observateurs décrivent un état des lieux dont les prémices dateraient de près de quarante ans ! D’autres perçoivent ou décrivent l’impact insupportablement néfaste sur le quotidien des femmes et des hommes de ce pays depuis plus récemment. Quoiqu’il en soit, et quelque soit le moment où on situe le malaise, il s’agit d’un manquement manifeste à notre dignité quant à la rareté voire l’absence de ce qui est considéré comme un droit : L’eau, un droit à la vie.

Ki jan nou rivé la ?

Au-delà d’une indignation feutrée, enfermée dans une pseudo résilience qui, selon moi, ne peut s’appliquer à ce sujet, chacun y va de son analyse, convoquant au passage secrètement ou de manière plus ostentatoire l’établissement de responsabilités et leurs éventuelles sanctions.

Mais ces velléités, pourquoi sont-elles restées un cri sourd dans ce qui s’apparente à l’évidence à un désert administratif et/ou juridique ? Pourquoi les autorités (puisque ce sont elles qui sont le plus souvent citées) n’ont pas anticipé ce qui allait devenir le premier sujet de « crispation » d’une société post moderne : l’absence d’eau au robinet des guadeloupéens au 21ème siècle !

La résilience dont nous prête quasiment une caractéristique génétique (un comble), serait-elle admise comme mode de vie ?

L’eau paye l’eau : tel était le slogan à l’époque où le précieux liquide coulait encore dans les robinets. Des milliers d’euros partis dans une fumée de fonctionnement certes mais oubliant au passage que la pérennité et la sécurité des ouvrages passent par l’investissement et le suivi de toute structure.

Il s’agit d’une responsabilité collective à l’épreuve « de la bonne gestion » ! En effet, je m’inscris en faux sur les considérations de compétences. Notre territoire regorge de femmes et d’hommes de savoir, de technicité, d’ingénierie, de bon sens, de désirs de faire et de bien faire…

J’opterais plutôt pour l’inconscience, l’insouciance et une certaine naïveté qui auraient laissé penser à un moment de l’évolution structurelle du pays, que nous jouirons indéfiniment d’une forme de protection « bienveillante » d’un Etat qui était de moins en moins Providence !

Je pointerais également et avec la même gravité une forme de désintérêt de la population. Je m’étonne en effet, qu’il n’y ait pas eu d’exigence à ce que ce droit fondamental soit respecté !

Je déplore que le seuil de tolérance des usagers, face à ce manque de considération des autorités organisatrices, culmine jusqu’à la ponction financière, sans possibilité bien souvent de se défendre ; de nombreux foyers pas forcément aisés qui subissent en effet des incursions (ATD) sur leur compte bancaire… Après ou concomitamment avec le « harcèlement » des services d’huissiers qui, comme le comptable public, ne s’assurent que de l’effectivité du recouvrement, sans état d’âmes.

Par conséquent, c’est le résultat du « ka w vlé fè, léta pa ka fé ayen, sé zélu loko la sé on bann initil, goumé ka sa ké chanjé ?. »

Des postures qui, quels que soient leurs tuteurs, laissent apparaître une méconnaissance et la non-appropriation de la notion de service public…

E konyé la ka nou ka fè ?

Huit années de combat émaillées de quelques maigres bénéfices ! Le plus marquant néanmoins fut l’effacement en janvier 2023 de milliers de factures contestées sur le territoire du sud Basse-Terre. Pas de roulement de tambours pour autant ! L’ordonnateur était contraint d’apurer les écritures comptables ; avec en filigrane l’espoir d’assainir une gestion administrative et financière de l’eau jusque-là calamiteuse, et espérer transmettre un socle d’une meilleure visibilité à la structure unique de l’eau et de l’assainissement née en avril 2021 (le SMGEAG).

Cette belle structure rêvée, espérée et tellement prometteuse dans l’imaginaire de nombreux d’entre nous voit enfin le jour. Nous la voulions, l’attendions comme le messie… Enfin, sauf de l’autre côté du « guet » où on pressentait sans doute (avec raison) un avortement si douloureux que même les détracteurs les plus virulents n’auraient pas escompté !

Quasiment mort-né dans l’objectif qu’on lui avait assigné : Effacer toutes les strates obérant la lisibilité de la chaîne de responsabilité ; avec des schémas directeurs pensés et suivis, aller vers une nouvelle politique de la gestion de l’eau en Guadeloupe, grâce aux investissements soutenus, en finir avec les tours d’eau… La nouvelle structure unique est devenue une sorte de navire ivre, qui régurgite une foultitude de communiqués symptomatiques des innombrables dysfonctionnements qui caractérisent un réseau à l’épreuve du temps.

Oui, des millions sont annoncés, certains même fléchés et pourtant, la population hurle ! Certains coins du territoire sont marqués par les stigmates de cette pénurie : Dans les dédales des sentiers ruraux, on peut apercevoir de longues guirlandes de bouteilles vides, déformées par la rage du soleil comme pour rappeler la violence du déficit du précieux liquide.

De là où MarLee se promène pourtant, on est dans le « Bassin Versant » ! Quelle ironie ! Vous seriez sidérés par la force du débit de certaines cascades qui enjolivent ce paysage verdoyant du Sud Basse-Terre par exemple. Vous devez même prendre de sérieuses précautions en voiture pour éviter tout risque de glissade, tant le sol est imbibé de cette Eau qui n’arrive pourtant pas jusqu’au robinet de nombreux usagers !

Une fatalité ? Que nenni.

Au grès du temps, et suivant les caprices du ciel, on nous explique tantôt l’assèchement des nappes phréatiques, tantôt des pluies trop abondantes qui entraîneraient l’obstruction des canalisations, et puis, tout à coup une pollution par un pathogène non identifié, ou alors carrément par la molécule de chlordécone ou autres matières fécales….

Bien entendu, tout ceci subi, toléré, supporté, accepté au nom d’une certaine résilience imposée en mode de vie !

Non, non et non. Ce n’est pas guadeloupéen d’accepter une telle injustice, une telle humiliation, un tel scandale. Mais ce cri se perd désormais dans le désert de nos institutions locales… Ou du moins, il ne suscite un intérêt que lorsque des perspectives ou des velléités pas seulement d’intérêt général sont en jeu.

En définitive, il semblerait même que la messe soit dite ! Les rendez-vous « bilan » se sont tus ; Les communiqués continuent à annoncer des travaux çà et là, même le cri du citoyen est devenu sporadique.

Il semblerait en effet, que finalement tout ne serait pas à jeter sur le réseau ! Que les deux milliards nécessaires pour le renouvellement ne soient pas mobilisables, que les garanties ne soient pas garanties, que de toute façon il faut payer ses factures sinon pas d’investissements, donc pas d’améliorations….

La boucle du désert serait alors bien bouclée !

La réalité, celle qui a pactisé avec le silence de la résilience est bien évidemment tout autre : des factures qui continuent à arriver alors que l’usager n’a pas d’eau, parfois pas de compteur ou un compteur défectueux ou usagé… Des lettres de relance, des injonctions de payer, des menaces d’huissiers…Et dans le même temps des facturettes par milliers consécutives à l’achat de centaines de packs d’eau succédanés d’un service public quasi inexistant.

Alors, faut-il capituler ? Bien évidemment que non. J’en appelle non seulement à la résistance mais à l’indignation légitime. A l’interpellation de ceux qui doivent faire, au réveil de la population et à l’exigence de dignité ! En espérant que dès lors, nul ne vienne altérer ou étouffer cette voix, outil indispensable pour exiger une autre considération et par conséquent un avenir meilleur pour cette Guadeloupe que nous chérissons tant. Et que sa dénomination « d’Île aux belles eaux » ne soit pas galvaudée par le chantre des esprits faussement bienveillants… !

MarLee

Le 15/06/2024

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