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Le camp de Cavani détruit, des migrants toujours sans solutions

À 16 heures, ce vendredi 22 mars, la préfecture a annoncé sur les réseaux sociaux la fin du démantèlement du camp de Cavani, à Mamoudzou. Mais aux abords, c’est environ une centaine de personnes qui patiente encore, sans solution d’hébergement. Depuis la veille, ils étaient déjà environ le même nombre à attendre dehors, interdits d’accès au camp.

« Ils ont dit qu’ils n’ont pas de quoi nous héberger », parle pour un groupe, en anglais, Harun. Ce jeune homme qui vient de Somalie est, comme environ une centaine de personnes attroupée vers l’entrée du stade de Cavani, à Mamoudzou, sans solution d’hébergement après avoir été évacué. « On nous a dit d’attendre ici », ajoute un autre. L’un a une valise avec lui. Plusieurs sont debout derrière les barrières, en attente d’une quelconque autre information.

De l’autre côté de ce qui obstrue tout accès au camp, il ne reste, vers 16 heures, que les gendarmes qui quadrillent également les alentours du stade, le sous-préfet chargé de la lutte contre l’immigration clandestine et plusieurs camions militaires. La sixième opération d’évacuation du camp, commencée vers 6 heures ce vendredi 22 mars, est terminée. C’est ce qu’on apprend, vers 16 heures, sur la page Facebook du préfet de Mayotte : « Le démantèlement du camp est fini. » Là où sur le terrain, sur ordre de la préfecture, nous ne pouvions obtenir d’informations, mis à part pendant la matinée. On apprenait alors du sous-préfet chargé de la lutte contre l’immigration clandestine, Frédéric Sautron, qu’une quarantaine de tentes précaires restait à être détruite par les habitants eux-mêmes. Sur cette publication, on peut encore lire : « Toutes les personnes vulnérables identifiées sur la liste fermée notamment les femmes avec enfants, ont été hébergées conformément aux engagements pris. »

La liste, c’est le fameux recensement réalisé par les associations qui devait servir de base de vérification pour les évacuations vers des hébergements d’urgence. Sur les 210 personnes inscrites, « une centaine restait encore à être prise en charge », indiquait, vers 9 heures, le sous-préfet, qui expliquait qu’une centaine d’autres avait été avertie de devoir quitter les lieux. La mission prioritaire étant de « régler la problématique des tentes dans le but de finaliser le démantèlement ».

L’incertitude et la peur

« Mais on est sur la liste », avance Harun, qui avoue attendre encore d’obtenir ses papiers, « effrayé » de devoir, comme les autres, rester dehors cette nuit. « Quand on était dedans, on nous attaquait. Ils nous ont pris de l’argent et des téléphones. Qu’est-ce qu’il va se passer dehors ? », se demande celui qui habitait depuis janvier au camp. « Si ces personnes peuvent oser s’en prendre à la police. Qui sommes-nous pour eux ? » « Même ceux qui ont les documents doivent rester dehors », réagit, démuni, un autre homme, Simbakwira. Ajoutant : « On nous a pris nos noms, nos numéros de téléphone. » D’autres se plaignent de n’avoir ni eau, ni nourriture, ni accès à des toilettes.

« Qu’est-ce qu’on va faire ? », demande Lydia, une mère de famille, son enfant de trois mois dans les bras. Comme une centaine de personnes du camp environ, originaires du Congo, Rwanda ou encore de Somalie, elle a déjà dû dormir dehors la veille, l’accès ayant été bloqué par des policiers et, encore ce vendredi matin, par un escadron de gendarmes. Elle n’a donc pas pu y retourner, tout comme Mohamed, somalien, sorti pour aller à l’hôpital, « sans ses papiers », ni « son argent », ou Julien, rwandais, avec son cousin Enzo, de 6 ans. Une situation que nous décrivaient également Hightness, 23 ans, sa carte de séjour bien rangée dans son porte-monnaie, et Glory, sorties pour aller chercher de la nourriture jeudi soir et apeurées de ne pouvoir récupérer leurs affaires dans leurs « maisons ». Autant de personnes que nous n’avons pas retrouvées vers 16 heures.

Le sous-préfet nous avait alors confié dans la matinée : « On s’occupe d’abord de l’intérieur, après on aura une écoute plus attentive sur ceux qui sont dehors, dont certains peuvent effectivement être sur la liste. » Mais aussi : « Ils ne sont pas tous dans le même stade administratif », indiquant que certains attendent encore la distribution de leur carte de séjour à la suite du « blocage de la préfecture pendant des mois » et à cause d’un service postal « très engorgé ». Pour rappel, les déboutés du droit d’asile seront reconduits dans leur pays et ceux qui doivent être protégés, iront dans l’Hexagone.

208 tentes détruites en tout

En tout, depuis le début de l’opération démarrée le 25 janvier, 450 réfugiés se sont envolés vers la métropole. Quatorze migrants ont été quant à eux reconduits en République démocratique du Congo. Interrogé sur de potentielles nouvelles arrivées au camp depuis le début du démantèlement, le sous-préfet reste évasif, avouant ne pas être capable d’être formel : « C’est possible. Mais on n’a pas relevé d’autres constructions ajoutées aux 208 tentes recensées au début de l’opération. Il y a eu des tentatives, relayées par la vigilance des habitants du quartier, la police ou à la demande de la mairie, mais elles ont pu être empêchées grâce au délit de flagrance. » Il ajoute que jeudi, 87 personnes « ont été mises à l’abri », et que dans la soirée, un kwassa a été intercepté par la brigade nautique, et les migrants, conduits au centre de rétention administrative (CRA).

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