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Outre-mer : Les recommandations pour Mayotte concernant l’autonomie alimentaire

À l’automne 2022, la Délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale a décidé de confier une mission d’information sur l’autonomie alimentaire aux députés Marc Le Fur, (Côte d’Armor, LR) et Estelle Youssouffa, (Mayotte, LIOT). Les deux rapporteurs ont mené dix-huit auditions à Paris et plusieurs dizaines dans les outre-mer, ce qui les a conduits à rencontrer plus d’une centaine de spécialistes, dont de nombreux exploitants agricoles. Ils ont effectué deux déplacements en outre-mer qui les ont amenés sur quatre territoires différents : La Réunion, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et- Futuna. Les territoires qui n’ont pas pu être visités ont fait l’objet, pour la plupart, d’auditions en visioconférence. « Si les territoires n’ont pas tous la même dynamique démographique – avec des populations jeunes et en augmentation à Mayotte et en Guyane et vieillissantes et en diminution aux Antilles – ils se caractérisent par une augmentation de la restauration hors domicile, liée à l’essor de l’urbanisation et de son mode de vie intense », explique en préambule le rapport.

A Mayotte, des terres agricoles fertiles mais mal exploitées

Pour Alexis Ruffet, gérant de l’entreprise Société Mahoraise de Commercialisation , l’archipel a au moins quatre avantages qui sont tout d’abord « des financements européens disponibles, mais sans décaissement ; la possibilité d’utiliser La Réunion comme une base arrière pour la formation ou la logistique ; la présence d’un marché solvable ; une restauration scolaire qui représente un marché de 100.000 élèves ». En dépit des ces atouts les agriculteurs ne sont pas assez nombreux et disposent de surfaces trop petites (4.312 exploitations agricoles, pour une surface agricole utilisée (SAU) totale équivalente à 5.960 hectares. La majorité des exploitations agricoles ont une surface comprise entre 0,6 et 3 hectares), selon le rapport.

Les cultures de fruits et de légumes représentent l’essentiel de la surface agricole. L’élevage concerne majoritairement les volailles, les bovins et les caprins. Par ailleurs, les subventions agricoles ne sont pas entièrement utilisées ce qui empêche le développement de l’agriculture selon les députés. « Pour l’année 2021, sur 85,2 millions d’euros engagés, seuls 41,8 ont réellement été payés : les crédits européens existent. Encore faut-il les utiliser », soulignent-ils. Sans compter le manque d’effectifs de la préfecture de Mayotte par rapport à des départements de taille comparable. Aussi le rapport soutient l’idée « d’ajuster les effectifs des services préfectoraux de Mayotte en tenant compte de la population réelle et non de la population officielle. Augmenter en particulier les effectifs de la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF) de Mayotte pour mener des contrôles efficaces et dissuasifs sur les cultures clandestines ».

Une immigration incontrôlée qui nuit au développement du territoire

La population légale de l’archipel est estimée par l’INSEE à 300 000 habitants au 1er Janvier 2022, mais ces chiffres sont remis en cause par les élus locaux qui s’appuient sur les naissances annuelles de plus de 10.000 bébés. « Les statistiques basées sur la consommation de riz, aliment de base local, laissent entrevoir une population réelle supérieure à 450 000 habitants », indique le rapport.

L’insécurité et les problèmes qui découlent de cette immigration sont un frein pour faire venir des gens aux compétences recherchées dans l’île. Ainsi il est écrit que « Trois difficultés principales peuvent dissuader des techniciens de haut niveau de s’installer à Mayotte. En premier lieu le niveau important de violence, puis le niveau élevé des prix à la consommation et enfin le faible niveau scolaire des écoles ». Aussi, de nombreux agriculteurs ont subi des vols de leur récolte, avec ou sans violence, les privant ainsi d’une partie de leur travail. A cet égard, le rapport préconise « d’autoriser à Mayotte, comme cela semble être le cas dans d’autres départements, les agriculteurs qui le souhaitent à construire leur logement sur leur exploitation dans le but de mieux protéger leur récolte contre le vol, même si le terrain ne dispose pas d’eau courante et des commodités habituellement requises ».

 

Concernant la consommation de produits alimentaires, là aussi le bât blesse. Il y a une production clandestine utilisant des pesticides et herbicides interdits rendant la plupart des produits (fruits et légumes) impropres à la consommation. Le rapport recommande notamment de « Développer des labels afin d’informer le consommateur d’une part de la qualité et d’autre part du caractère local des produits alimentaires proposés et de renforcer les contrôles pour interdire la mise en vente des produits agricoles qui sont cultivés en utilisant des produits phytosanitaires (herbicides, insecticides, etc.) prohibés ».

L’éternel problème de l’eau à Mayotte

Ce n’est un secret pour aucun Mahorais, l’eau est une denrée rare sur notre territoire a fortiori en ce moment. Les périodes de sécheresse liées au dérèglement climatique se succèdent. Des sous-investissements depuis de nombreuses années dans les infrastructures conjugués à une démographie galopante entrainent des coupures d’eau de plus en plus fréquentes. Il en résulte des risques sanitaires importants pour la population mahoraise mais aussi une menace pour le développement économique de l’île. « Les industries agroalimentaires doivent acheter de l’eau de mer dessalée à grand frais pour le nettoyage des installations ». En effet la réglementation européenne interdit de récupérer l’eau de pluie après les orages. Aussi, les deux rapporteurs souhaiteraient « examiner la possibilité d’utiliser exceptionnellement l’eau de pluie pour l’agriculture à Mayotte et financer des réservoirs pour les agriculteurs ».

Le niveau de la retenue collinaire de Combani ne cesse de descendre

De plus, la récente mesure prise par le Gouvernement en bloquant le prix de vente des bouteilles d’eau et le bouclier qualité prix (BQP) ne semblent pas être efficients sur notre territoire comme le précise le rapport : « Le Bouclier qualité prix (BQP), tant vanté à La Réunion, ne fonctionne pas à Mayotte. Bien que son principe ait été signé en août 2022, tous les observateurs s’accordent sur son inefficacité. Composé de seulement 74 produits contre plus de 150 à La Réunion, il voit ses prix augmenter chaque mois, contrairement à l’effet recherché. Au final, le différentiel de prix entre Mayotte et l’hexagone est estimé à 161 % : un panier type de 137 produits dont la valeur est de 391 euros sur le territoire hexagonal a été estimé à 517 euros à La Réunion et à 630 euros à Mayotte, soit un niveau de 161 lorsqu’il est de 100 à Paris ».

Un espace maritime sous exploité ?

La desserte maritime de Mayotte est indispensable à l’approvisionnement des Mahorais, il est donc nécessaire de moderniser le port de Longoni pour répondre aux multiples enjeux de développement. Selon Ida Nel, la présidente de Mayotte Channel Gateway (MCG) le délégataire de service public gestionnaire du port de Longoni, « Alors qu’un conteneur mettait 14 jours pour venir de Marseille dans les années 1998-2000, il faut aujourd’hui compter 50 à 70 jours ». Le rapport pointe ainsi du doigt le retard des travaux de réparation du quai principal qui devait le rendre opérationnel en 2022 mais dont la livraison a été repoussée en 2025. « Ce délai supplémentaire rend difficile le positionnement du port de Longoni comme base arrière du projet gazier de Total au Mozambique, alors que ce projet est une réelle opportunité pour l’économie de l’île ».

De plus, les liaisons maritimes vers Mayotte sont rares et le port dispose actuellement de peu d’entrepôts de stockage et les capacités de déchargement sont limitées. « La surface limitée du port occasionne un coût de location d’un espace de stockage largement plus élevé que dans les ports concurrents ». Les deux élus suggèrent ainsi « d’inciter les compagnies maritimes à desservir Mayotte avec plus de régularité ; Négocier les prix du fret aérien afin de suppléer le fret maritime notamment pour les produits frais ; Développer les infrastructures aéroportuaires, en réalisant les travaux d’extension et de modernisation du port de Longoni ainsi que l’aménagement d’une piste longue à l’aéroport de Mayotte ».

Aussi, pour que Mayotte puisse se développer, il convient aussi de renouveler la flotte de pêche, comme l’a expliqué la députée Estelle Youssouffa lors de la présentation du rapport : « Historiquement, le poisson a été la principale source protéinée dans l’alimentation traditionnelle à Mayotte. La pêche mahoraise pâti d’une flottille vieillissante qui gagnerait à être renouvelée.  À Mayotte, le renouvellement de la flottille de pêche est présenté comme une priorité par les acteurs économiques du secteur ainsi que les services de l’État ». De plus le rapport indique qu’il faudrait impliquer davantage Le Parc Naturel Marin de Mayotte dans les projets de collecte de données sur l’état des ressources halieutiques mais aussi « Déployer une délégation de l’Ifremer à Mayotte avec des moyens humains et matériels correspondant aux besoins en matière de recherche sur le milieu marin à Mayotte ». Mais il incite surtout à « délocaliser à Mayotte les services administratifs qui gèrent l’activité halieutique dans la ZEE mahoraise et introduire plus de transparence dans le circuit des redevances payées par les pêcheurs étrangers. Financer des ports et des halles de pêche à Mayotte pour donner des outils aux pêcheurs. Accompagner les pêcheurs pour l’obtention des aides au renouvellement de la flottille. Accompagner le secteur de la pêche à se structurer et à former la nouvelle génération de marins pêcheurs. Réinvestir dans la filière aquacole qui est prometteuse à Mayotte ».

Enfin pour lutter contre la pêche illégale à Mayotte les députés souhaiteraient voir « financer une vedette de patrouille maritime de 15 à 18 mètres de long pour que les affaires maritimes puissent assurer la surveillance de la ZEE (Zone économique exclusive) mahoraise. Donner plus de moyens humains et matériels pour le contrôle de la pêche illégale à Mayotte. Accompagner les pêcheurs pour l’obtention des aides au renouvellement de la flottille ».

Une trop forte dépendance aux importations

Entre 2018 et 2020, les importations de légumes ont connu une croissance annuelle de 19,4 %, passant de 4.084 tonnes à 5.822 tonnes. Les produits importés proviennent majoritairement de Madagascar (41,7 %), du reste de la France (25,6 %), et d’Inde (19,5 %). Le riz fait également partie des produits importants présents dans la cuisine mahoraise. Les principaux fournisseurs de riz de Mayotte sont la Thaïlande et le Cambodge, qui représentent à eux deux plus de 80 % des importations de l’archipel, relate le rapport. Les fruits ne sont pas en reste puisque « Les importations de fruits ont atteint un niveau record en 2021, avec une hausse de 28,9 % par rapport à 2020, et 5.054 tonnes importées. Les principaux fournisseurs sont l’Afrique du Sud (37,4 %), l’Égypte (20,9 %) et la France hexagonale (20,4 %). La majorité des fruits importés sont des agrumes (44,5 % des volumes totaux) et des pommes (29,6 %). Concernant la viande, le marché est relativement stable sur la période avec une légère hausse. La viande la plus consommée à Mayotte est la volaille (trois quarts des importations totales de viande).

L’autonomie alimentaire pour objectif de sécuriser l’approvisionnement alimentaire des territoires ultramarins, entrainant des surcoûts. Le Gouvernement français veut ainsi promouvoir la recherche d’une autonomie alimentaire des outre-mer dans le but de sécuriser l’alimentation de leurs habitants mais aussi et surtout gagner en indépendance.

A Mayotte, les conditions climatiques pourraient permettre une plus grande production agricole entrainant une dépendance moindre vis à vis des importations, mais le territoire est encore confronté à de nombreux obstacles empêchant un développement rapide et durable.

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