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Quand le Commandant Boina, disparu ce mercredi, raconte sa carrière

Connu à Mayotte pour avoir été le seul soldat de l’île aux parfums à avoir participé à la guerre d’Algérie, Ali Mohamed Boina s’est éteint, ce mercredi, à M’tsapéré. L’ancien militaire, originaire de Pamandzi, avait raconté la guerre à notre journaliste Olivier Loyens, en 2017. On vous propose de redécouvrir son récit.

 « Quand ce genre de souvenirs revient dans mon sommeil, je les chasse de ma tête », indique Ali Boina. « Je suis parti plusieurs fois en opération là-bas », se souvient l’ancien soldat mahorais qui a participé à la guerre d’Algérie (1954-1962). « J’étais dans des unités de combat, avec la Légion étrangère et l’infanterie de marine. Nous nous occupions d’un barrage électrifié au niveau de la frontière tunisienne. J’ai vu des soldats ennemis prendre des balles ou sauter sur des mines. Je m’en suis bien sorti dans la mesure où je n’ai jamais reçu une balle. J’ai juste été blessé accidentellement à la jambe. » En Algérie, Ali Boina n’a pas croisé d’autres Mahorais. « Il y avait aussi un détachement de soldats comoriens en Algérie, mais il n’est pas resté longtemps », ajoute-t-il. Il était ainsi mal vu que des musulmans combattent d’autres musulmans. D’autres Mahorais, comme l’adjudant Ramia Maliki (décédé il y a quelques années) ont par ailleurs participé au conflit, mais ils ne sont pas restés longtemps sur le terrain.

« Je luttais contre le sentiment de culpabilité »

Après la guerre, Ali Boina est « paumé ». Il trouve malgré tout la force de continuer ses études tout en s’efforçant d’effacer de sa mémoire ce qu’il a vu pendant cette guerre. « Je luttais aussi contre le sentiment de culpabilité », ajoute-t-il. « J’ai réussi à le surmonter en me disant que j’avais fait mon devoir. » Même si la guerre d’Algérie a constitué un traumatisme pour lui, Ali Boina a toujours rêvé de faire l’armée. « C’était une vocation, je voulais faire une carrière technique dans le génie militaire, où j’ai toujours servi. »

Ali Boina naît en 1938 à Pamandzi. Il est le deuxième d’une fratrie de dix enfants. Après l’école primaire à Pamandzi, il poursuit sa scolarité au lycée Galliéni à Tana (Madagascar). « Je suis allé là-bas à l’âge de 9-10 ans », se souvient-il. « J’étais interne. J’y ai côtoyé des personnages comme Younoussa Bamana, le docteur Martial Henry, ou encore Ali Soilihi (N.D.L.R. ancien président des Comores). »

Après sept-huit années à Madagascar, Ali Boina revient à Mayotte. En attendant son départ pour l’armée, il effectue son premier emploi au secrétariat du médecin commandant de l’hôpital. Ce dernier lui confie alors : « Vous ferez une bonne carrière dans l’armée ».

Il n’en fallait pas plus pour qu’Ali Boina s’y engage, en 1959. Il va à Majunga pour rejoindre la 1ère compagnie d’infanterie marine. Direction ensuite le centre d’instruction du Génie à Avignon où il reste pendant quatre mois et où il est nommé caporal. Il part ensuite en Algérie où il obtient le grade de sergent. Après deux ans sur le front, il est muté au 2ème régiment du Génie à Metz, où il suit une formation d’électromécanicien. « On m’a ensuite rappelé à Avignon », indique Ali Boina. « Là-bas, on demandait des volontaires pour retourner en Algérie, alors que la guerre s’achevait. J’ai postulé et y suis retourné dix mois, pour faire le « déménagement ». »

Après son deuxième séjour en Algérie, il est affecté à Kehl (Allemagne), où il prépare le concours d’entrée d’officier. Il le réussit et est envoyé en formation aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (56). Nommé sous-lieutenant, il est muté et envoyé à l’école d’application du Génie à Angers. Puis il retourne à Kehl. Après cela, il est envoyé en formation à l’école supérieure du génie à Versailles pour obtenir un diplôme technique.

Après un autre retour en Allemagne, il est affecté à Vélizy-Villacoublay au commandement du génie de l’air pour effectuer la surveillance technique des bases aériennes. Ali Boina reste ensuite dans le domaine aérien, puisqu’il rejoint la direction des travaux du génie de Paris pour une mission de construction et de maintenance des ouvrages militaires. « J’étais chef de secteur de la zone nord, au mont Valérien (Hauts-de-Seine) », précise-t-il. Direction ensuite l’école de formation des officiers à La Flèche (72200), où il est chargé de la restauration et où il réalise des conférences sur l’arme du génie.

Un retour à Mayotte synonyme de déceptions

Ali Boina termine sa carrière au grade de commandant. Il retourne à Mayotte en 1986. « J’ai alors vécu beaucoup de déceptions », raconte avec amertume le Commandant Boina. « J’avais ouvert une entreprise de BTP, mais on m’a barré la route. Je me suis par ailleurs lancé en politique, mais cela n’a pas marché. » Peut-être pas un hasard pour quelqu’un qui, plutôt qu’une départementalisation de Mayotte, proposait un statut autonome pour l’île, à l’instar de la Nouvelle-Calédonie. « C’est un battant, quelqu’un qui se bat pour ses idées », confie un de ses proches.

Le Commandant Boina part ensuite aux Comores pour travailler dans le cabinet du président Saïd Mohamed Djohar, jusqu’à la destitution de ce dernier. « Je me suis occupé des affaires mahoraises, un sujet délicat pour un autonomiste », sourit-il. Quoi qu’il en soit, l’homme n’a jamais coupé le cordon avec le milieu militaire, même après sa retraite. Pendant vingt ans, il occupe le poste de président des anciens combattants de Mayotte. « J’ai beaucoup travaillé pour faire obtenir aux anciens et aux veuves une retraite décente », dit-il. Il s’occupe aussi de restaurer la tombe du dernier poilu mahorais à Pamandzi, avec le concours de la Légion étrangère de Mayotte. Encore aujourd’hui, il est le délégué général du souvenir français pour Mayotte. Il participe aussi aux différentes commémorations. Il tient malgré tout à rester modeste sur son passé militaire. « Je n’ai jamais fait état de mes décorations, ni accepté les propositions pour me voir remettre d’autres médailles », souligne-t-il. « Ce que j’ai obtenu me suffit. »

Des hommages au Commandant

Ce mercredi, Ben Issa Ousseni, le président du conseil départemental de Mayotte, a rendu hommage au Pamandzien : « Je m’incline à la mémoire de cet ancien combattant de Mayotte, qui a marqué l’histoire de l’île en devenant le premier officier mahorais de l’armée française. Après sa carrière militaire, le Commandant Boina a continué de s’investir en tant que président de l’association des anciens combattants de Mayotte, et en tant que délégué général du Souvenir français dans le département. Son dévouement et son courage resteront gravés dans nos esprits. Que son âme repose en paix ». Son village d’origine, où il a été enterré ce mercredi, ainsi que Mamoudzou où il a passé les dernières années de sa vie, ont présenté « leurs plus sincères condoléances à son épouse, ses enfants et toute sa famille ». Le maire du chef-lieu, Ambdilwahedou Soumaïla, a salué le militaire pour les services rendus à son pays. « Un engagement qu’il poursuivra à l’issue de sa carrière militaire en tant que président de l’association des anciens combattants de Mayotte afin de faire perdurer le devoir de mémoire », fait-il valoir. « Mes sincères condoléances à la famille, le Commandant était un grand. Ina lillahi wa ina illahi radjioun », ajoute la députée Estelle Youssouffa, qui vient de rejoindre l’Assemblée nationale.

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