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Sexisme ordinaire et si nous en parlions? 

À l’occasion de cette journée internationale dédiée aux droits des femmes, la mairie de Mamoudzou et Mylène Joseph Filin, directrice du Centre national de la fonction publique territoriale, ont souhaité aborder en cette seconde édition estampillée CNFPT, la thématique principale des comportements misogynes plus ou moins standards rencontrés notamment sur le lieu de travail. Des modes de fonctionnements, idées, pensées, réflexions, voire agissements, ancrés insidieusement depuis tant d’années que leur triste banalisation s’est construite nid douillet dans l’inconscient collectif, telle une sorte de fatale acceptation, surtout pour les femmes. 

C’est donc au rythme du Chigoma, danse traditionnellement réservée aux hommes rappelons-le ironiquement, que les festivités en l’honneur des femmes ont débuté ce mercredi matin… Ça commence bien !

Mais en fait, c’est quoi au juste le sexisme ? 

De manière globale, le sexisme est une idéologie établie qui repose sur la croyance que les femmes sont inférieures aux hommes. Les manifestations peuvent prendre plusieurs formes allant de l’approche dite, de la plus légère, genre blague de ’’blonde’’, compliment déguisé du type « tu conduis bien pour une femme » « heureusement que tu es jolie, au moins ça… » ou encore descriptif ironique dégradant relevant du « garçon manqué » ou bien « lui c’est un Don Juan, elle une vraie sa***e » j’en passe et des meilleures, allant à des faits plus graves relatifs à la discrimination, la violence, le viol voire même le meurtre.

Fabienne Caro (à g.) interpellée et sollicitée après sa pertinente prestation au regard de son expertise sur le sujet du sexisme

Et le pire, c’est que tout le monde, hommes et femmes confondus, cultive cette croyance commune du ’’sexe-fort’’. C’est ainsi que, de manière finement pédagogique et des plus attrayantes, Fabienne Caro — directrice générale adjointe des services à la mairie de Saint-Pierre (La Réunion), est intervenue en amorce de ce séminaire, s’adressant à l’ensemble de l’auditoire, composé majoritairement de femmes de la fonction publique (3 catégories confondues), afin de souligner justement ce problème sociétal international : « Selon une étude récente de janvier 2023, les inégalités homme-femme se creusent de plus en plus et on assiste également à une dangereuse régression des droits des femmes à travers le Monde. Le sexisme est partout, en politique notamment. Il est pourtant temps d’admettre qu’il y a un réel problème. Il faut que les leaders soient courageux, que la peur s’envole, que les langues se délient et que les sanctions soient prises, notamment dans les entreprises et administrations ». 

Des sanctions inscrites et définies dans le Code du travail; ayant introduit la notion d’ « agissement sexiste », par la loi du 17 août 2015, afin justement d’élargir le combat contre le sexisme ordinaire. Ainsi que dans le Code pénal allant de « l’outrage sexiste », pouvant entrainer une sanction de type contravention de 4ème classe jusqu’au « viol », catégorisé tel un crime passible de 15 ans de réclusion criminelle. 

Le Haut Conseil de l’Égalité 

Selon son 5ème rapport annuel, le HCE a établi différents sondages relatifs à l’état du sexisme en France. On peut y découvrir notamment que 41% des jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans déclarent avoir vécu des situations inégalitaires dès l’école ou bien dans leurs études ou encore que 22% des femmes de 18 à 24 ans déclarent avoir subi « un acte sexuel imposé » (ndlr : agression sexuelle ou viol) mais aussi d’autres données qui portent un certain, frisson dans le dos et qui révèlent que 23% des hommes estiment ouvertement qu’il faut savoir être parfois violent pour se faire respecter de leur(s) femme(s) ou encore que (seulement) 48% de hommes âgés de 15 à 34 ans considèrent que l’image des femmes véhiculée par les contenus pornographiques est problématique…

Nadia Madi, directrice construction bâtiments et équipements sportifs pour la ville de Mamoudzou, témoigne de la difficulté d’être une jeune femme ingénieure dans le domaine masculin du BTP

Des résultats qui, somme toute, illustrent grandement le déséquilibre sociétal et les pratiques malheureusement déviantes qui s’y greffent, lieu de travail inclus en plus de la charge mentale que supportent les femmes (8 sur 10 selon le dernier rapport Ipsos) afin de trouver sain équilibre entre vie professionnelle, responsabilités familiales et, utopiquement, épanouissement en tant que femme.

La prévention du sexisme en entreprise 

Partant du postulat que nous sommes tous concernés par ce sujet (employeurs, chefs de service, DRH, collègues…), il est important qu’il soit mis en place un réel travail de sensibilisation des équipes, une communication plus ouverte sur le sujet, des démarches et engagements actés par les différentes directions; en bref, un travail commun préventif au profit d’une visibilité de la femme en entreprise plus concrète pour un plein accès à ses droits, à son respect. Pour ce faire, il est impératif d’établir une sorte de barème des risques et facteurs que peuvent rencontrer certaines femmes sur leur lieu de travail et d’être attentif aussi à l’évolution de leur comportement. Les femmes potentiellement sujettes/victimes à des actes de sexisme et harcèlement n’auront pas toujours le réflexe de le verbaliser pour des raisons multiples et des facteurs complexes en cette société à dominante patriciale.

Le poids des traditions alliés aux inégalités qui perdurent 

Comme le souligne M. Joseph Filin, en amorce de son discours d’ouverture, il est indéniable que « le sexisme est un fléau qui doit être un combat solidaire ». Un combat tristement plus passif en nos territoires ultramarins où la loi de l’omerta, du poids des traditions et du réel tabou sont palpables. Là où il est souvent question de la réputation globale de la famille, la victime optera pour le silence destructeur plutôt que de risquer de perdre son emploi et/ou de faire honte aux siens, à son service, ses collègues.

Mylène Joseph Filin : « c’est fallacieux de dire que les hommes et les femmes sont égaux car cela donne davantage de poids aux hommes d’ajouter du travail aux femmes, en plus des nombreuses taches qu’elles remplissent déjà… »

En somme, une culpabilité absolument non fondée qui doit changer de camp et des peurs de parler qui doivent se dissiper; d’autant plus en cette société mahoraise qui prône fièrement sa poigne et son historique matriarcat, ses chatouilleuses mais qui pourtant, dans les faits, n’en a pas la place. « Il est temps que les femmes mahoraises arrêtent de s’illusionner en disant que c’est elles qui portent Mayotte. Même si par force et courage d’un combat épuisant, les choses tendent peu à peu à évoluer, c’est un fait, si on regarde par exemple l’ensemble des postes à responsabilités et hautes responsabilités de notre territoire, ils sont majoritairement pourvus par les hommes. Il est temps de casser ce tabou, de s’avouer les choses au regard de cette illusion de pleine liberté et d’accès à un statut qu’elles n’ont pas en réalité en plus de problèmes qu’elles doivent porter, supporter et garder pour elles » nous indique avec bienveillance la directrice du CNFPT. Des problèmes idéologiques liés à des phénomènes de conditionnement depuis la plus tendre enfance où le rose féminin doit s’allier au fait qu’il est important « d’être une gentillesse fille obéissante » qui doit, de surcroît, être vigilante à sa tenue vestimentaire pour ne pas susciter le regard (lubrique?) de l’homme…

Salle comble pour ce séminaire dédié à la prévention des comportements sexistes au travail

Nombreux sont les arguments et illustrations qui démontrent malheureusement, dans la pratique, que la notion du « tous égaux » est loin d’être assimilée et encore moins acquise. Le sujet étant tellement vaste que cette matinée elle-même n’a pu légitimement se cantonner en l’exclusive thématique de sexisme au travail tant les frontières et ramifications sont nombreuses pour décrire toute la complexité de la place des femmes dans la société, ce qu’elles rencontrent, subissent et vivent au quotidien et encore plus sur notre territoire. Les témoignages et prises de paroles ont eu lieu dans le respect et la bienveillance et cela vaut également pour les rares hommes qui étaient présents. Des ateliers ludiques basés sur l’équilibre de la vie de la femme active en société mahoraise ont par la suite été menés avant un programme d’activités sportives, l’après-midi, au gymnase Jean-François Hory à M’Gombani.

MLG

 

* La Journée internationale des droits de la femme a été reconnue officiellement par les Nations Unies en 1977 et en 1982 en France. Chaque année, les Nations Unies définissent une thématique différente, ainsi, pour l’année 2023, le thème retenu est « Pour un monde digital inclusif : innovation et technologies pour l’égalité des sexes ».

 

 

Présentation de Fabienne Caro sous l’écoute attentive d’une salle conquise
Discours d’ouverture de Ambdilwahedou Soumaila, à la fois maire de Mamoudzou et délégué CNFPT

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